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Par Cláudio Katz

Spécial pour CSMS Magazine

Deux attitudes

Postuler que le socialisme peut être initié dans la période contemporaine mène à défendre sans faux-semblants l’identité socialiste. Favoriser à l’inverse une étape néodéveloppementiste conduit à hésiter dans la lutte contre le capitalisme. Pour faire un bout de chemin avec les industriels et les financiers il faut adopter un comportement modéré, faire preuve de responsabilité face aux investisseurs et mettre toutes ses prétentions socialistes au second plan, bien cachées.

     Le projet du socialisme du XXIe siècle pose également de sérieux problèmes aux théoriciens qui se plaisent à étudier les déséquilibres du capitalisme, sans se préoccuper d’envisager une quelconque voie vers une autre société. Le socialisme est un sujet gênant pour ceux qui interprètent le monde sans chercher à le changer, parce qu’il pose des problèmes qui ébranlent leur point de vue contemplatif sur l’univers qui les entoure.

L’absence de projets socialistes au sein de la gauche est bien plus nocive que n’importe quelle erreur dans les diagnostics du capitalisme contemporain. C’est pourquoi il est devenu indispensable de reprendre l’usage du mot socialisme, sans réserves ni déguisements. Ce concept n’est pas un vague synonyme de « social ». Il fait concrètement allusion à un système émancipé de l’exploitation et pas à des inconvénients génériques de n’importe quel agrégat humain. Il ne suffit pas de références diffuses au « postcapitalisme » pour faire la clarté sur la manière dont il faudrait construire une société future. Il faut exposer des programmes alternatifs.

     Certains analystes estiment que le socialisme ne peut se diffuser à la suite de l’effondrement de l’URSS. Ils considèrent que la notion est tombée en désuétude et a perdu son prestige. Mais la soudaine réapparition du concept en Amérique Latine devrait les conduire à reconsidérer l’oraison funèbre qu’ils ont prononcée.

     Nombreux sont les termes qui ont subi une manipulation semblable à celle dont a souffert le socialisme. La démocratie a supporté par exemple des distorsions analogues. Ce fut la bannière des pires méfaits impérialistes au siècle dernier et cette déformation n’a pas mené à son remplacement par quelque autre mot que ce soit. Personne n’a postulé un autre terme pour définir la souveraineté populaire, car pour désigner certains phénomènes il y a des notions irremplaçables.

    La vigueur du socialisme doit être évaluée avec une certaine perspective historique parce qu’elle est soumise à des fluctuations semblables à celles qu’a subies la démocratie. L’invention contemporaine de ce terme eut lieu en 1789, mais le principe d’égalité politique n’a fait autorité que lors d’une période politique largement postérieure. Au bout de ce temps il fut accepté comme principe de dépassement des hiérarchies féodales, qui dans le passé s’étaient identifiées avec l’existence humaine elle-même.

   Avec l’invention du socialisme il va arriver quelque chose du même ordre. Le premier pas de 1917 restera comme un grand précédent de l’épopée humaine en quête d’instituer l’égalité sociale et de libérer l’individu des chaînes du marché. Le début du XXIe siècle permet de commencer à donner forme à ces deux objectifs.

28 novembre 2006

Note : Ce texte a été publié en français dans Inprecor n° 528/529 de juin-juillet 2007, www.inprecor.org. Le texte original de cet article se trouve sur http://www.forumdesalternatives.org/_que es.php. Traduit de l’espagnol par J.-J. M.

References

1. Katz Cláudio, El rediseño de América Latina, Alca, Mercosur y Alba, Ediciones Luxemburg, Buenos Aires, 2006.

2. Point de vue développé par Dieterich Heinz dans son Hugo Chávez y el socialismo del siglo XXI, Editorial Por los caminos de América, Caracas, 2005, (surtout le chapitre 6).

3. Voir Lebowitz Michael, “El socialismo no cae del cielo”. Colección Ideas Claves, Caracas, 2006. Nous avons développé plusieurs aspects de ce processus dans : Claudio Katz, El porvenir del socialismo, Ed. Herramienta e Imago Mundi, Buenos Aires, 2004.

4. Interview avec Dieterich Heinz, Interpress Service, (BI-Red solidaria de la izquierda radical, 21 janvier 2006.)

5. Dietrich Heinz, “Quién ganará — Ofensiva oligárquica y contraofensiva popular”. Argenpress, 19 octobre 2006.

6. C’est le point de vue de Dieterich Heinz : “Demanda el bloque regional de poder popular debate publico con los presidentes de la cumbre sudamericana de naciones”. Argenpress, 1 novembre 2006

7. Dieterich Heinz, “Triunfa el bloque regional de poder, Falta construir el bloque de poder popular”.Rebelión 22 juillet 2006

8. Ortega arrive à la présidence les valises pleines d’actes de corruption et de pillage de la propriété publique. Il s’est entouré d’hommes qui ont agi dans la “contra” et la CIA, il a conclu des pactes d’impunité avec des présidents qui couvrent les narcotraficants et s’est mis d’accord avec la hiérarchie catholique pour criminaliser l’avortement. Cf.: Baltodano Mónica. “¿Nicaragua sin izquierda?”, Rebelión 1 novembre 2006, et Cardenal Ernesto, “Los Sandinistas no deben confundirse”, Rebelión, 27 janvier 2006.

9. Mieres établit un diagnostic de ces perturbations. Mieres Francisco, “Notas para el simposio sobre deuda”, Primer Simposio Internacional sobre deuda pública, auditoria popular y alternativas de ahorro e inversión para los pueblos de América Latina”. Centro Internacional Miranda, 22-.24 septembre 2006, Caracas.

10. Guerrero retrace cette irruption. Guerrero Modesto Emilio. “Constitución, dinámica y desafíos de las vanguardias en la revolución bolivariana”, Herramienta n° 33, octobre 2006, Buenos Aires.

11. L’analyse de “l’alliance entre États et mouvements sociaux… comme représentation du socialisme du XXIe siècle” fut l’un des thèmes du récent Sommet social de Sucre. Ortiz Pablo. “Cumbre social para hablar del socialismo que viene”, Página 12, 29 octobre 2006, Buenos Aires.

12. Plusieurs analystes décrivent ce cours : Stefanoni Pablo, Do Alto Hervé, La revolución de Evo Morales, Editorial Capital Intelectual, Buenos Aires, 2006 ; Aillon Orellana Lorgio, “Hacia una caracterización del gobierno de Evo Morales”, OSAL n° 19, janvier-avril 2006 ; Campione Daniel, “O los caminos se abren”, RSIR, n° 9276, 23 janvier 2006.

13. Il manque encore le détail des accords, qui définira la durée des contrats, les prix finaux et les normes de litige international. Quel que soit le résultat de ces escarmouches, les compagnies tendent à rester dans le pays parce qu’elles entrevoient un horizon de rentabilité. Elles ne pourront maintenir le rapport entre bénéfices et investissements qui à l’échelle internationale est de un pour trois et atteignait en Bolivia dix pour un. Mais elles continueront à y gagner et à exercer la capacité de pression dont elles ont fait preuve récemment en imposant la démission forcée du ministre Solíz Rada. Montero et les rédacteurs de Econoticias présentent deux bilans très différents du processus de nationalisation : Montero Soler Alberto, “Bolivia y la nacionalización de los hidrocarburos : tantas cosas que aprender”, Rebelión, 3 novembre 2006 ; Redacción Econoticias, “Borrón y cuenta nueva”, www.econoticiasbolivia.com, 29 octobre 2006.

14. Certains analystes comme Farber combinent le pronostic fataliste avec l’espoir insolite de construire un projet de gauche après la chute de la révolution. D’autres auteurs — comme Dilla — estiment que le projet socialiste est d’ores et déjà enterré, quel que soit le cours qu’adoptera la succession de Fidel. Farber Samuel, “Cuba — la probable transición y sus políticas”, Herramienta n° 33, octobre 2006; Dilla Alfonso Haroldo, “Hugo Chávez y Cuba — subsidiando posposiciones fatales”, Nueva Sociedad n° 205, septembre-octobre 2006, Buenos Aires.

15. Dietrich expose à ce propos d’importantes et pertinentes observations: Dietrich Heinz, “Cuba — tres premisas para salvar la revolución”, Herramienta n° 33, octobre de 2006.

16. “Un socialisme latino-américain et caribéen qui recueille nos racines historiques et notre spiritualité » (Soto Héctor, “Revolución bolivariana socialista : ¿un descubrimiento? A Plena Voz n° 15, août 2005, Caracas).

17. L’étude classique sur ce sujet a été faite par Perry Anderson, Le marxisme occidental, Maspero, Paris 197?.

18. Quand on revendique les deux trajectoires sans mettre au clair les divergences en jeu le projet socialiste se vide de son contenu. C’est l’erreur que commet Bossi Fernando Ramón, “Reflexiones sobre el socialismo del siglo XXI”, www red bolivariana, 25 juillet 2005.

19. Vitale, Kohan y Lowy présentent une analyse détaillée de ces débats : Vitale Luis, De Bolivar al Che, Cucaña ediciones, Buenos Aires 2002. (chap 5, 6, 9 et 10) ; Kohan Nestor, “La gobernabilidad del capitalismo periférico y los desafíos de la izquierda revolucionaria”, La Haine, 26 novembre 2006 ; Lowy Michael, El marxismo latinoamericano, ERA, México, 1980.

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