Subscribe:Posts Comments

You Are Here: Home » Dossiers, Editorial, French Articles, News, Politics » Venezuela : un coup d’état râté

It's only fair to share...Share on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on Twitter0Share on LinkedIn0

Par Rony Mondestin et Marlène Nicolas

Spécial pour CSMS Magazine

A un certain moment de leur histoire, les pays de l’Occident avaient compris la nécessité de se départir du laisser-faire individualiste (le libéralisme ou loi de la jungle). Aussi au tout début du 20ème siècle, les dirigeants des pays comme l’Allemagne, la Suisse, la France, la Scandinavie, les États-Unis et d’autres ont compris que l’État devait prendre à sa charge la solution de certains problèmes graves auxquels faisait face la population : la santé, nutrition, l’éducation, l’absence de sécurité sociale, l’analphabétisme. Cette décision était fondée sur deux raisons majeures ::

  • Éviter que les travailleurs des villes tentent d’établir des systèmes à connotation communiste.
  • Arriver à augmenter l’efficacité sociale, le développement industriel.

Exercice impossible à réaliser avec une population affamée, illettrée, en mauvaise santé et revêche.

Ces pays ont alors utilisé :

les taxes payées par leurs citoyens aisés,

  • (dans certains cas) les revenus générés par les biens d’État,
  • les butins des guerres d’occupation, et les ressources des territoires et pays colonisés,

pour investir massivement dans l’éducation, la santé, la sécurité sociale, les infrastructures de base, la recherche fondamentale et appliquée.

Les résultats ne furent pas négligeables, les riches en sont devenus plus riches, les classes moyennes bien pourvues ont fait leur apparition, la misère infra humaine a pratiquement disparu, la pauvreté a baissé substantiellement, l’espérance de vie a augmenté, la mortalité infantile a baissé, les orphelins sont pris en charge, des fonds d’aide à la formation continue et aux études spécialisées sont mis au service de la population, des habitations à loyer modique sont construits, des fonds et des prêts à des taux favorables sont mis à la disposition des petites bourses pour leur faciliter l’acquisition d’une maison…les maladies contagieuses endémiques ont pratiquement disparu de ces pays, même la denture des ces peuples s’est grandement améliorée, .etc.

Aucun pays de la planète ne s’est arrogé le droit de dire aux dirigeants allemands, français, suisses, américains…et autres, qu’ils devraient agir autrement et encore moins les menacer d’ostracisme, ou d’éventuelles pénalités.

Pendant ces 14 dernières années le Venezuela, sous la direction d’Hugo Chavez a décidé d’investir les ressources nationales du Venezuela dans l’efficacité sociale: -

  • Le taux de malnutrition est passé de 21% en 1998 à moins de 3% en 2012.
  • L’analphabétisme a été éradiqué à compter de décembre 2005 (UNESCO)
  • Le chômage est passé de 15.2% en 1998 à 6.4% en 2012
  • Le salaire minimum mensuel est passé de 100 bolivars ($16) en 1998 à 2047.52 bolivars ($330) en 2012. C’est le salaire minimum le plus haut en Amérique Latine
  • Le nombre des enfants fréquentant l’école est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2012
  • Le nombre d’étudiants fréquentant l’Université est passé de 895 000 en 2000 à 2.3 millions en 2012
  • Avant 1999 seulement 387 000 personnes âgées recevaient une pension de vieillesse, le nombre est passé à 2.1 millions en 2012
  • En 1999 250 000 enfants recevaient un repas gratis à l’école, le nombre est passé à 5 millions en 2012
  • Le Venezuela est avec Cuba, le Chili, l ‘Uruguay, l’Argentine et le Mexique les 5 pays les plus avancés dans la Caraïbe et l’Amérique Latine dans l’éradication de la faim.
  • Le PIB per capita est passé de $4100 en 1999 à $10810 en 2011
  • Le taux de croissance est estimé à 5.7% pour le Venezuela et à 2.2% pour les Etats-Unis selon les chiffres du CIA World Factbook
  • Le Venezuela a créé le Système Public National pour garantir l’accès gratuit aux soins de santé à tous les vénézuéliens.
  • Entre 2005 et 2012 , 7873 nouveaux centres de santé sont créés au Venezuela.
  • Les femmes sans revenu et les personnes handicapées reçoivent une pension équivalant à 89% du salaire minimum.
  • En 2007 le Venezuela a offert 8800 millions au continent américain sous forme de dons, de prêts et d’aide pétrolière, pour la même époque l’administration américaine a offert 3000 millions.
  • Sous la direction de H. Chavez la pauvreté est passée de 42.8 % en 1999 à 26.5 % en 2011, pour la même période l’extrême pauvreté est passée de 16.6 % à 7%.
  • Dans l’échelle de l’Index de Développement Humain des Nations Unies, le Venezuela est passé de 0.656 en 1999 à 0.735 en 2012 et a rejoint ainsi la catégorie des nations à Haut Index de Développement Humain.
  • Le Venezuela s’est retiré du FMI et de la Banque Mondiale en 2008 après avoir paye ses dettes cinq années à l’avance .
  • En 2011,le Venezuela a retire toutes ses réserves d’or empilées dans les banques européennes et américaines et les a rapatrié

La hargne des tenants de la démocratie occidentale et de leur média peut s’expliquer par trois facteurs.

Depuis près d’un millénaire, les ressources de la Terre appartiennent de gré, de force et finalement de fait, à la civilisation occidentale. Au nom de Dieu, au nom de la Loi et sous la pluie des bombes. Que ce soit l’or du Pérou, le pétrole du Venezuela, de l’Irak, de l’Iran, le cuivre du Chili, les ressources minières de l’Afrique et d’Haiti, (ex la bauxite de Miragoane ), toutes reviennent de droit à la France, à l’Angleterre, au Canada, aux Etats-Unis….

Il est cependant aisé de constater que depuis une vingtaine d’année, l’agressivité des pays occidentaux, a pris une courbe ascentionnelle très souvent sous la couverture des organisations comme l’ONU, l’OEA, qui leur procurent les artifices légaux etc.. La hargne des tenants de la démocratie occidentale et aussi bien la virulence de leur média peuvent s’expliquer par trois facteurs.

Premier facteur – Une certaine frustration

L’énergie alternative n’étant pas pour demain, le pétrole est et demeure indispensable au fonctionnement des sociétés. Aussi quand un pays comme le Venezuela qui possède la plus grande réserve pétrolière du monde décide d’en reprendre le contrôle, ceci représente non seulement une perte de profits considérable pour les firmes occidentales et leurs alliés locaux, mais aussi ‘l’usurpation’ d’une arme stratégique. Quand en plus cette reprise de contrôle est faite légalement, cela enlève à l’Occident l’un de ses prétextes pour partir en guerre pour « la protection » de ses intérêts. Une autre épine nuisible à un moment où les occidentaux, un peu partout à travers la terre, gèrent des disputes territoriales et mènent des guerres à haute et basse intensité (directement ou par proxy) Mali, Syrie, Lybie, Congo, Nigeria, Guatemala, Irak.. pour s’approprier de nouvelles ressources et maintenir leur main mise sur d’autres

Le deuxième facteur – De l’agacement

Durant ces quatre dernières décennies les pays occidentaux ont orchestré l’asphyxie de beaucoup de pays du Tiers Monde à travers les injonctions et les coupures drastiques en dépenses sociales imposées à ces derniers par le FMI, et la Banque Mondiale.

Mais mine de rien, la globalisation continue à poursuivre son petit bonhomme de chemin, et aujourd’hui ce sont les populations de ces grands pays occidentaux qui viennent compléter la liste des victimes de ces coupures drastiques. Des acquis que ces peuples ont pu arracher aux classes dirigeantes au cours du XXème siècle sont brusquement remis en question et reviennent souvent sur les tables de remise en question et de re- négociations. Par exemple, les pensions de vieillesse, le système de santé, les fonds de retraite, l’aide à l’éducation, l’assurance chômage, l’assistance aux familles en difficulté… Les marches, les manifestations, les sit-in pour protéger ces acquis sociaux sont de plus en plus fréquents et de plus en plus désespérés en France, en Espagne, en Grèce, même aux Etats-Unis (Occupy Wall Street).

Le 3eme facteur – Le Danger

Le 17 avril 2013, le Secrétaire d’État Américain John Kerry en s’adressant au Comité des Affaires Étrangères de la Chambre des Députés de son pays a dit « The Western Hemisphere is our backyard… »[1] Bien dit.

Cependant depuis 1991 avec la création du MERCOSUR cette région, particulièrement l’Amérique du Sud a entamé un processus de redéfinition de cette arrière cour. Et dans les 20 années qui suivirent une série d’initiatives régionales sont mises en chantier pour soustraire les pays de cette région de l’emprise des grandes puissances

  • MERCOSUR : 26 mars 1991 : Initiative de l’Argentine et du Brésil, ce Marché Commun du Sud est le quatrième espace commercial du monde avec un marche de 200 millions de consommateurs.  Il comprend une dizaine de pays de l’Amérique du Sud dont le Brésil, le Chili, l‘Argentine, le Venezuela entre autres. Objectifs principaux : libre circulation des biens, services et facteurs de production entre les pays membres ; la mise en place d’un tarif douanier externe commun ; l’adoption d’une politique commerciale commune ; la coordination des positions au sein des forums économiques et commerciaux régionaux et internationaux ; la coordination des politiques macro-économiques et sectorielles:

-Dans le cadre de ces efforts le gouvernement argentin de Cristina Kirchner a mis en place un système de licence d’importation à destination de 600 entreprises étrangères de divers secteurs afin de ralentir et limiter l’entrée sur le territoire de leurs produits. Ces restrictions ont contraint des sociétés, telles que les sociétés de téléphonie canadienne RIM (BlackBerry), Motorola, Nokia ou Samsung, à ouvrir des usines d’assemblage en Argentine même, où le coût de la main-d’œuvre est dix fois supérieur à celui pratiqué en Chine.

-les 20 et 21 décembre, à Montevideo, les pays fondateurs du Mercosur et les pays membres ou associés, ont décidé d’augmenter temporairement leurs taxes d’importation de 140 produits provenant de l’extérieur afin de compenser « les déséquilibres commerciaux provoqués par la conjoncture économique internationale »

-A la fin des années 90 la Bolivie a nationalisé l’ensemble des ressources disponibles sur son sol.

-Après plusieurs scandales provoqués par les exploitations minières dans ce pays, le Pérou envisagerait de revoir l’intégralité des projets miniers susceptibles de créer des conflits sociaux. Après la suspension du projet de la mine d’or et de cuivre Conga, investissement de 4,8 milliards, les autorités du Pérou estime que les sociétés minières devraient à l’avenir donner une estimation de la consommation d’eau du projet, de même, elles devraient garantir à la population un accès à l’eau potable.

  • ALBA : Décembre 2004  fut créée à l’initiative de Fidel Castro et de H.Chavez, 7 pays en sont membres

 

  • PETRO CARIBE., fut créé en 2005 à l’initiative de H.Chavez. 18 pays de la Caraïbe incluant Haïti en sont membres et bénéficient d’un prix préférentiel pour leur approvisionnement en pétrole

 

  • PETRO SUR l’équivalent de Petro Caribe pour l’Amérique latine

 

  • UNASUR formée en mars 2008 l’Union des Nations sud américaines est une puissante machine d’intégration supranationale du genre de l’union européenne : Objectifs : promouvoir l’intégration régionale et le commerce interrégional. Elle supervise aussi le Conseil de Défense Sud-américain.

 

  • Réalisant que la présence des Etats-unis dans l’OEA n’est pas un cadre favorable aux discussions propres à l’Amérique du sud, notamment en matière de défense, les Chefs d’Etat d’Amérique du Sud ont décidé de doter l’UNASUR d’un organe dédié au dialogue militaire, le Conseil de Défense Sud-américain.

 

  • Le 11 novembre 2011 à Lima, le Conseil de défense de l’Unasur,  les pays membres de l’Union des nations sud-américaines ont annoncé leur volonté de créer une agence spatiale sud-américaine, car vu les nombreuses ressources qu’elle possède et doit protéger, notamment la production alimentaire, les ressources énergétiques et l’Amazonie, la région doit être «davantage en mesure de se défendre et de contrôler à partir de l’espace ». L’UNASUR s’est donné comme objectif de devenir l’organe central de la coopération militaire en Amérique du Sud.
  • TELESUR , impliquant la participation de pays tel le Venezuela ,l’Argentine, la Bolivie, Cuba l’Équateur ,le Nicaragua et l‘Uruguay cette chaîne est une réponse aux médias dominants tant locaux qu’internationaux mais aussi et surtout un outil d’échange et de diffusion des expériences des peuples de la région
  • CELAC , la plus politiquement prononcée de ces initiatives. Elle regroupe les pays de l’Amérique latine à ceux de la communauté de la Caraïbe ( caricom). Ébauchée en 2008 par les Chefs. d’Etat de 33 pays réunis au Brésil, sous l’impulsion de Lula Da Silva. Annoncée en février 2010 à Cancun au Mexique, et finalement mise sur rail lors du sommet de Caracas en décembre 2011. Les États Unis d’Amérique ainsi que le Canada ne sont pas membres et n’ont pas été invités. Cette structure tend à remplacer à moyen terme la moribonde OEA. Elle s’est donné pour objectif la construction d’un “espace commun dont l’objectif est d’approfondir l’intégration politique, économique, sociale et culturelle de la région et de développer des engagements concrets en vue d’une action conjointe pour la promotion d’un développement soutenable de l’Amérique latine et de la Caraïbe…”.

Comme on peut le constater, à l’instigation de Lula Da Silva du Brésil et d’Hugo Chavez de Venezuela, les pays de l’Amérique Latine et de la Caraïbe commencent à s’organiser en des marchés communs et en des organismes d’intégration régionale pour a) s’épauler dans la défense de leurs intérêts économiques nationaux, b) empêcher le pillage de leurs ressources , c) favoriser leur exploitation au profit de leur peuple.

Et voilà qu’un « petit »pays comme le Venezuela se permet non seulement de reprendre le contrôle de ses propres richesses mais de les utiliser non pour enrichir un petit nombre de privilégiés mais pour assurer la dignité de son peuple.

Que des membres des couches aisées soient contre ces décisions c’est compréhensible. La fureur exprimée par les tenants de la démocratie occidentale et la campagne de désinformation, de mensonges orchestrée par la grande presse internationale (toutes tendances confondues), détentrice auto proclamée de l’objectivité journalistique, est tout aussi compréhensible vu les enjeux en cause et les précédents que l’histoire nous a enseignés.

Tout comme la France et les pays esclavagistes voulaient freiner la marche de l’histoire en 1804 contre l’affront que représentait la révolution haïtienne. Aujourd’hui, paradoxalement, ces mêmes pays esclavagistes, se liguent avec les Etats-Unis contre l’affront que représente la révolution socialiste bolivarienne. En ce XXIème siècle les puissances occidentales et leurs alliés vont dans le sens contraire de l’histoire qui se développe dans le Venezuela d’Hugo Chavez et de Nicolas Maduro et de plusieurs autres pays de l’Amérique Latine.

Hugo Chavez a été incontournable pour l’occident.? Aussi ils ont vu dans sa mort l’occasion à ne pas rater pour se réapproprier les réserves de pétrole du Venezuela et du même coup porter un coup au mouvement de renouveau qui commence à s’étendre dans l’Amérique Latine. Aussi cette élection au Venezuela a été un moment crucial pour eux pour reprendre le pouvoir, ou à défaut instaurer une crise politique déstabilisatrice. D’où les déclarations intempestives des dirigeants occidentaux au cours de la campagne et finalement leur soutien aux réclamations non fondées de H.Capriles, sur les prétendues fraudes électorales. C’est quand même étonnant. Alors que ces mêmes média internationaux supputaient un écart allant de 10 à 20 points favorisant N.Maduro, un jour après les élections ils se mettent subitement à douter qute ce dernier ait effectivement gagné les élections. Cela relève du domaine de la stupidité, ils devraient plutôt s’étonner que l’écart se soit autant réduit, se basant sur leurs sondages.Mieux ,au vu de leurs sondages c’est le nombre de voix obtenu par leur poulain H.Capriles qui devrait paraître pour le moins suspect sinon frauduleux..

Cette réclamation de recomptage n’est tout simplement qu’une mise en scène pour préparer la route à une déstabilisation sociale de large envergure.

Le Venezuela aurait-il, à l’instar d’Haïti en 1804, commis un crime de lèse majesté ?

Oui, Selon les puissances occidentales et leurs conglomérats médiatiques

Quel est le verdict pour un pays coupable de lèse majesté contre les puissances établies ?

La mise a mort du processus révolutionnaire bolivarien par tous les moyens :

Ostracisme↔Déstabilisation↔(Coup d’État ?)

Cependant, les coups d’état et assassinats systématiques sont depuis quelques temps mis en

sourdine.

Les crimes reprochés aux puissances occidentales par les militants de gauche et progressistes depuis les années 60 ont finalement été mis à jour dans le déroulement des auditions menées par des commissions du congrès américain, la Commission Church par exemple, sous le gouvernement de Carter. Ces révélations de coups d’état contre des gouvernements étrangers, des assassinats et tentatives d’ assassinats de leaders nationalistes et socialistes(Guatemala, Chili, Iran, République Dominicaine, Cuba et tout le continent africain), ont soulevé la réprobation d’ une grande partie des populations des pays occidentaux. Le temps est venu pour les puissances occidentales d’utiliser de nouveaux outils pour continuer l’ingérence et maintenir la main mise sur les ressources de ces pays.

Des buts et des vocables nobles font surface maintenant : Renforcement de la démocratie, État de droit, Développement Économique, Droits Humains, Droit a autodétermination….. Ainsi aux États Unis on a vu dans les années 1982-1984 la création de la NED (National Endowment for Democracy), USIP (United States Institute for Peace), NDI (National Democratic Institute) sans oublier l’IRI (International Republican Institute), .

Après des décennies à soutenir et former des dictateurs dans la répression des droits humains, dans l’expropriation et l’exploitation des ressources des peuples, dans les tortures, emprisonnements, exécutions, disparitions des leaders anti colonialistes et nationalistes à travers le monde, les puissances occidentales sont maintenant les champions de la justice humaine. Ainsi avec leurs think tank et leurs services secrets elles viennent de créer les nouveaux outils leur permettant d’une part de se débarrasser discrètement des gouvernements et leaders nationalistes étrangers qui ne priorisent pas les intérêts des pays occidentaux et d’autre part se dotent du même coup de la capacité de manipuler et orienter la vie sociale et politique de ces pays tout en soumettant les populations indigènes à de nouvelles valeurs sociales et modes de vie.

Guerre de basse intensité ( coup d’état par le bas ou revolution colorée)

Depuis l’échec du coup d’état de 2002, en passant par l’échec du référendum révocatoire de août 2004(introduit par la constitution de 1999) suivi du boycott des législatives de décembre 2005, l’opposition vénézuélienne, sous les judicieux conseils de Washington, a révisé bien des aspects de sa stratégie.

Aussi vu que le coup d’état d’avril 2002 a échoué, il fut temps d’essayer les méthodes « moins sales » :

  • les grèves-sabotage de 2003 de la bourgeoisie et d’une frange du secteur syndical (mobilisation populaire)
  • le référendum révocatoire du 15 août 2004 (coup de force constitutionnel)

Toutes ces tentatives ont lamentablement échouées.

Donc au Venezuela. la pratique de confrontation directe utilisée de 2000 à 2005 est mise en sourdine. Les services d’intelligence européens et américains conseillent a l’opposition d’user de patience. Ils les incitent à agir avec doigté en utilisant des artifices plus subtils: les ‘coups d’état par le bas’ ( en utilisant les institutions internationales mises sur pied a cet effet)

Le coup d’état par le bas

Le coup d’état par le bas comme son nom l’indique ne vient pas directement de l’armée ou d’une invasion étrangère, mais à partir d’une ‘mobilisation populaire’. C’est le peuple lui même qui prend les rues et qui déloge ses dirigeants. C’est ce que l’on a vu dans les « révolutions colorées »qui ont traversé plusieurs pays de l’Europe de l’Est et du monde arabe (le printemps arabe) depuis la fin du siècle dernier.

Une constante de ces ‘révolutions’ : elles reçoivent un support, officiel, financier et actif des gouvernements des puissances occidentales et bien entendu une couverture médiatique enrichie et surabondante des grandes agences de presse et des média de ces puissances, corroborant et alimentant les arguments de leurs gouvernements[2]. Et le tour est joué. Tel fut le cas de l’Égypte en 2010 par exemple. Dans les cas où la mobilisation populaire pacifique commence à s’essouffler et n’arrive pas à faire déguerpir le dirigeant tenace, les manifestants et contre-manifestants se trouvent subitement victimes de ‘tireurs d’élite’ arrivant bien à point pour provoquer l’escalade vers la violence, et les germes de la guerre civile. Et à ce moment les grandes puissances internationales, interpellées par leurs ONGs, sont bien obligées de s’engager, officiellement, sur le terrain ‘humanitaire’ pou ensuite renforcer les capacités de résistance militaire des ‘défenseurs de la liberté’ et le cas échéant intervenir directement en vue de protéger ‘les vies humaines, mettre fin aux atrocités et donner une chance a la démocratie, la liberté et au développement’. Lybie, Mali, Syrie(éventuellement)…

Donc dans le but d’arriver à ce coup d’état par le bas, la droite vénézuélienne a changé de tactique. En 2006 l’Ambassadeur américain Mr Brownfield transmet un câble relatant l’existence de plus d’une douzaine d’ONG et de plus de 300 organisations de la ‘société civile’ venezuelienne financées et maintenues par la USAID et la OTI, ces organisations militent dans des activités passant de la protection des handicapés, au programme d’éducation, à la protection de l’environnement, respect des droits de la femme….toutes des activités nobles et constructives. L ‘ambassadeur explique « son plan stratégique de développer des organisations de la société civile en opposition au gouvernement…,  dans le but ultime de pénétrer la base politique de Chavez, de diviser le chavisme, de protéger les intérêts vitaux des Etats-Unis et d’isoler Chavez internationalement [3]» .

Comme on peut le constater, l’Ambassadeur ne fait aucune mention dans son ‘plan stratégique‘ des intérêts du Venezuela et de son peuple.

Sur le plan politique Chavez demande à ses supporteurs des petites formations de gauche et populaires qui l’ont toujours soutenu de se fondre en un seul parti. Début janvier 2007 ce parti a vu le jour répondant au nom de PSUV. Malgré l’invitation de Chavez le Parti Communiste a décliné l’offre de se joindre ou mieux de se fondre dans cette nouvelle structure mais reste et demeure un allié de la révolution socialiste bolivarienne et du PSUV ( Partido Socialista Unido de Venezuela)

De son côté, l’opposition est prise en charge et ainsi en janvier 2008 est créée sous la pressante présence internationale, la MUD (Mesa Unitad Democratica).Cette coalition comprend une douzaine de formations politiques allant de l’extrême droite a l’extrême gauche.Il convient de signaler ici que les principaux partis ayant dominé la scène politique venezuelienne depuis les années cinquante (Copei, Action Democratica) n’ont pas le conrôle de la fraction droite de cette coalition. Les principaux protagonistes sont ainsi campés.

Fenêtre d’opportunité :

La mort dans l’âme, le peuple vénézuélien eût à faire face à un fait de la vie auquel il ne s’attendait pas de sitôt, la maladie terrible et le décès subséquent du Commandant H. Chavez. Par contre pour la droite venezuelienne et les puissances occidentales la mort de H. Chavez constituait la chance à prendre !

La machine est mise en marche et le processus du coup d’état par le bas est enclenché.

Le coup s’expérimente sur trois étapes. A chacune de ces étapes correspond un discours de mobilisation et un mode opératoire de déstabilisation .Le matraquage médiatique est l’élément pivot de cette tactique. Il faut abreuver l’opinion publique, tant nationale qu’internationale, ‘de messages objectifs’

Départ de Chavez et son hospitalisation à Cuba du 8 décembre au 17 février :

mobilisation et manifestation menées par des étudiants et des jeunes[4] liés a l’opposition pou :r

  • exiger des rapports détaillés sur la maladie de Chavez, distiller des doutes sur son état de sante et traiter les responsables gouvernementaux de menteurs à longueur de journée
  • contester sa légitimité à partir de la date « butoir » du 10 janvier de la prestation de serment
  • rejeter la décision du Tribunal Suprême et de l’Assemblée Nationale d’accorder à Chavez le droit de prêter serment après son rétablissement

Retour de Chavez au Venezuela du17 février jusqu’à sa mort le 5 mars

  • Début des pénuries des produits essentiels; lesquelles pénuries sont artificiellement créées par les gros importateurs dans le but d’aider à la déstabilisation politique et sociale en provoquant la panique et des inquiétudes chez la population.

De l’intérimat assuré par Nicolas Maduro à la mort de Chavez du 5 mars aux élections du 14 avril

  • Manipulation de devises provoquant la chute du bolivar
  • Intensification et expansion de la pénurie artificielle à d’autres produits bénéficiant cette fois ci d’une couverture médiatique internationale abondante
  • Augmentation de l’insécurité
  • Infiltrations sur le territoire vénézuélien de groupes paramilitaires d’extrême droite en provenance de la Colombie et du Salvador

La campagne électorale

Si la campagne électorale est officiellement lancée le 2 avril il faut reconnaître qu’elle a effectivement commencé dès le 10 mars.

Dès la mort de Chavez, les conseillers en communication de Capriles lui dictent un autre discours. Subitement il reconnaît la valeur des réformes opérées par Chavez, certaines seront même renforcées selon lui, il salue l’apport des médecins cubains au Venezuela et leur promet même la citoyenneté venezuelienne. Il se dénomme le Lula vénézuélien…..Enfin que n’a-t-il pas declamé?. Tout cela dans le but évident de confondre et de charmer l’électeur chaviste et c’est de bonne guerre. Tout ce discours-contre courant- n’a pourtant pas irrité sa base, ni la détacher de lui au vu du score formidable et tout aussi surprenant qu’il a obtenu.

La vraie démobilisation est ailleurs :

  • l’opposition venezuelienne et le gouvernement américain engagent une polémique sur la crédibilité du conseil électoral vénézuélien, pourtant reconnu comme le meilleur du monde par nul autre que l’ex président américain Jimmy Carter. Ce même conseil n’a jamais fait l’objet d’aucune complainte au cours des 16 élections qu’il a organisées ces 14 dernères années, inclus celle du 7 octobre 2012 oúChavez fut réélu et celle du 16 décembre 2012 oú Capriles fut réélu Gouverneur de l’Etat Miranda.
  • Le sabotage du réseau électrique 1a travers le pays est intensifié
  • On ne peut passer sous silence l’expulsion de 2 diplomates américains accusés de tenter à établir des contacts à l’intérieur des forces armées vénézuéliennes. Ainsi que la découverte d’un complot visant à assassiner Capriles et de faire porter la charge au gouvernement.
  • Environ une semaine avant les élections le chauffeur de Capriles confie à un interlocuteur que le plan de son patron est de rejeter les résultats du scrutin, et de prendre les rues La presse a eu l’opportunité d’écouter l’enregistrement de cette conversation lors d’une conférence de presse tenue par Diosdado Cabello président de l ‘Assemblée nationale.

Donc la décision de ne pas reconnaître les résultats du scrutin a été arrêtée bien avant le jour des élections.

Effectivement à l’annonce des résultats Capriles a dit à ses partisans : « Prenez la rue et dégagez votre rage ». :Et de fait des groupes d’étudiants issus des classes moyennes et de la bourgeoisie appuyés par des lumpen, armés de battons et de tessons de bouteille ont occupe les rues . A la fin de cette nuit le bilan est de 9 morts, des incendies de centre hospitalier, de locaux du PSUV, saccage de bureaux électoraux et des attaques sur la résidence privée de la présidente du conseil électoral.

La « nuit de cristal »[5] devant ouvrir sur une violence des rues en vue d’arriver à un coup d’état par le bas a été mise en échec grâce à la vigilance de l’armée et le sang froid des dirigeants et des partisans de la révolution. Nous serons même tentés de croire que parmi les supporteurs de l’opposition le déchaînement frisant l’hystérie de ce jeune loup a plutôt donné froid au dos, ses appels n’ont pas été suivis par bon nombre de ses partisans du secteur populaire

Est-ce que les partis du centre gauche et de la gauche au sein de l’opposition étaient dans l’intimité de ce coup ? Ce questionnement s’adresse également aux classiques partis du centre droit, gardiens discrédités du temple de la Droite

Les mots d’ordres déchaînés de Capriles ont ils eu un écho favorable auprès de ces partis du pacte de Punto Fijo ?

La reconnaissance immédiate de la victoire de Nicolas Maduro par la majorité des pays de l’Amérique Latine et plus de 2/3 des pays membres de l’ONU a sans aucun doute contribué aussi à déjouer le plan de déstabilisation et de chaos mijoté par les puissances occidentales.

Comme on peut le voir, l’enjeu, pour les États Unis et les puissances occidentales aujourd’hui, n’est pas seulement le Venezuela et ses réserves de pétrole (tout importantes qu’elles soient). L’enjeu est tout un continent bondé de richesses minières, qui veut protéger ses ressources contre les pillages, affirmer son autonomie, défendre sa souveraineté tout en proposant une forme de partage plus juste de ces richesses. Et en passant, refuse de se laisser prendre pour l’arrière cour des autres. Tout comme en 1804 l’enjeu, pour la France et les puissances esclavagistes, n’étaient pas seulement la perte d’Haïti, toute dévastatrice qu’elle fut pour l’économie de la France, mais plutôt la remise en question d’un système, le bouleversement de l’ordre établi.

Si nous étions les premiers dans cet hémisphère à oser réaliser ce rêve de souveraineté et d’autodétermination, aujourd’hui ce rêve ressemble plus à un mirage qu’à un objectif certain dans notre cas. .

La précarité des ressources de l’Etat, la gabegie administrative séculaire, les divisions infantiles au sein de la classe politique sont tout auant de faiblesses et de prétextes qui laissent nos dirigeants politiques et le pays ouverts aux chantages et diktats étrangers. –Grâce aux câbles du Wikileaks, tous les internautes peuvent témoigner aujourd’hui du calvaire qu’a souffert l’ex Président René Préval aux mains de l’Ambassade américaine au sujet du Petro Caribe.

D’un autre côté, l’assimilation culturelle, les menaces constantes de paupérisation, le chômage, l’insécurité économique et le singulier et tout puissant levier de pression ( pire qu’une guillotine) denomme ‘visas’, ont vite fait comprendre à beaucoup de membres des couches moyennes (autrefois dépositaires privilégiés des valeurs patriotiques) que ‘autonomie’ ‘souveraineté’ et ‘autodétermination’ ne sont avant tout, à l’ère du « naje pou sòti », que des concepts dépassés, tout juste bons à être sacrifiés à l’autel de la mondialisation salvatrice.

Les circonstances ne nous avantagent pas et, malheureusement il est de plus en plus apparent que dans cette période cruciale de redéfinition des rapports Nord-Sud, Haïti risque de se retrouver aux abonnés absents.

Le peuple haitien, les secteurs progressistes haitiens ainsi que tous les patriotes qui persistent à lutter pour le développement économique et social de notre pays et de notre peuple, pour la reconquête et la défense de notre souveraineté doivent s’efforcer de comprendre la complexité du processus en cours au Venezuela en particulier mais dans « notre Amérique » en général.

Nous sommes tous concernés au plus haut point.Une simple verité.

Nous du Comité de solidarité Haïti Venezuela nous réaffirmons encore et très fort notre indéfectible soutien à nos frères et sœurs,nos compagnons et camarades de lutte vénézuéliens dans cette âpre lutte.

Notre devise nationale sur laquelle nous crachons copieusement tous les jours, aujourd’hui, les pays de l’Amérique Latine tentent de la mettre en pratique: L’union fait la force.

Cap Haïtien 7 mai 2013

Pour le Comité de Solidarité Haïti-Venezuela

Rony Mondestin et Marlène Nicolas

Note : Cet article est publié avec la permission de Rony Mondestin qui dirige le Comité de Solidarité Haïti-Venezuela. Rony Mondestin peut-être contacté à rony.mondestin@gmail.com


[1] L’Amérique Latine et la Caraïbe est notre arrière cour

[2] Comme ces agences de presse: AFP, AP, Reuters etc ainsi que les média internationaux BBC, CNN, RFI, ALJAZEERA, la Voix de l’Amérique, ont le monopole de l’ information, ces informations sont relayées aveuglement par tous les média des autres pays et deviennent profession de foi.

[3] Source: câble de l’Ambassadeur américain au Venezuela, M Brownfield publié par Wikileaks

[4] Depuis les années 90, après que des manifestations initiées par des jeunes en Serbie et en Tunisie qui ont conduit a la chute des dirigeants de ces pays. Les services secrets américains ont décidé de perfectionner cet outil de mobilisation et de l’ajouter a leur arsenal pour créer la déstabilisation en vue des opérations de ‘changements de régimes’. http://www.canvasopedia.org/index.php/academic-program

[5] massacre programmé de Juifs par le parti nazi les 9 et 10 nov. 1938 et présenté par la suite à l’opinion publique comme une « réaction spontanée » de la population.

It's only fair to share...Share on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on Twitter0Share on LinkedIn0

Tags

© 2013 CSMS Magazine · Subscribe:PostsComments · Designed by Theme Junkie · Powered by WordPress

© 2011-2017 CSMS Magazine All Rights Reserved -- Copyright notice by Blog Copyright