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You Are Here: Home » French Articles » L’ESCLAVAGE A L’ILE MAURICE: Rempart contre l’oubli

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Par Paul. E. François

 

CSMS Magazine

La montagne du morne Brabant, auréolée de son statut de patrimoine mondial de l’humanité, comme la mémoire taillée dans le roc, accueillera une fois de plus le dimanche premier février 2009 la célébration officielle du 174 ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Au pied de cette montagne, nul ne peut s’empêcher de lever la tête et porter son regard sur cette cime qui semble surveiller encore sur les âmes des êtres auxquelles elle a rendu la liberté et qui ont fait d’elle une montagne légendaire

            Grâce à L’UNESSCO, organisme de renommé planétaire, qui est doté d’un programme pour la sauvegarde des patrimoines qui ont la particularité d’avoir marqué l’histoire des pays et des peuples. Ce fut un événement fortement médiatisé, pour des raisons économiques et politiques, mais, espérons, que dans l’avenir  cela n’occultera pas certes pour autant le symbole de la résistance universelle contre l’esclavage qu’incarnera désormais la montagne mythique  du Morne Brabant.

            Quoique l’on puisse dire sur les péripéties documentalistes ou politiques qui ont été nécessaires pour mener à une telle reconnaissance, face à la terreur, l’horreur et la honte que fut l’esclavage, force est de reconnaître, que la hauteur de n’importe quel plus haut sommet terrestre ne saurait égaler  la grandeur d’âme de ces hommes qui avaient préféré mourir d’honneur que de se soumettre aux ambitions dominatrices de ces lâches d’antan, chasseurs d’esclaves aux services de maîtres sanguinaires. Et pourtant dans certaines interprétations les plus farfelues des faits historiques on avait voulu faire croire que ces esclaves martyrs du Morne Brabant furent envahis d’une joie hystérique quand on était venu les informés de la libération, alors ils se sont jetés  dans le vide. Si la déformation des faits est une atteinte à l’intégrité et à la mémoire historique, l’escamotage des instruments, symbolisant la terreur du système esclavagiste que représentait tout l’arsenal de tortures pour faire plier les esclaves aux règlements dominatrices de l’esclavage est un acte plus que minable.

            Il faut donc voir avec beaucoup plus de discernement la confirmation  du Morne Brabant  comme patrimoine mondial de l’humanité. Les travaux forcés de l’esclavage est une chose, les actes de tortures les plus démesurés qui avaient contribués en une humiliation déshumanisante, dénigrante en est une autre. Ce qui a fait naître dans l’esclave ce cri de révolte. Une révolte contre eux-mêmes d’abord, qui s’est traduit par le refus d’accepter leur sort, et à développer une résistance féroce comme pour affronter le système et dire non à la fatalité préférant se mettre debout et s’offrir aux vides à partir de la cime du Morne Brabant que de retomber aux mains sadiques des tortionnaires pour y subir les pires châtiments dépendant de la gravité des fautes commises. Cela était constitué de coups de fouets punitifs ou pour rendre le châtiment encore plus douloureux, la chicote, un fouet a deux lanières de cuir qui arrachaient la peau dès le premier coup, était utilisé. Tandis que les esclaves fugitifs en plus subissaient le marquage d’une « fleur de lys » au fer rouge, suivis de toute sorte de mutilations corporelles allant du sectionnement des oreilles, des doigts, des jarrets et les plus récalcitrants  passaient par la supplice de la tenaille, laquelle était constituée de deux anneaux de fer dans lesquels étaient emprisonnés les têtes des pouces de la victime. Celles-ci étaient graduellement comprimées au moyen d’un petit écrou, et ce jusqu’à ce qu’elles soient totalement broyées. C’est un instrument de torture  couramment utilisait durant la période française et Anglaise. Il faut mentionner  que de manière générale, certains de ses châtiments, principalement les flagellations   étaient très souvent confiées à un autre esclave comme pour « diviser pour mieux régner » étaient publiquement administrées pour servir d’exemple aux autres esclaves et pour d’autres, ce fut un simple spectacle de rue. Et, le pire de ces châtiments amenait tout simplement le supplicié jusqu’à sa mort. 

            Il est important de mentionner que si certains de  ces châtiments  étaient légaux et institutionnels par excellence, d’autres atrocités  formaient partie toutefois  de la pensée esclavagiste, une pensée fondamentalement paternaliste et se voulait une mission chrétienne et civilisatrice.

            L’avènement du Morne Brabant l’année dernière au statut de patrimoine mondial de l’humanité c’est l’histoire dévoilée, dans toute sa splendeur et ses horreurs. Il est aussi  révélateur de la  présente situation des descendants d’esclaves, subalternes d’une société en pleine évolution. En marge de la société mauricienne, l’esclavage est comme un mal héréditaire qu’ils n’ont pas pu se défaire et qui a pour nom aujourd’hui, la drogue, la prostitution, l’échec scolaire, le chômage et la misère. Le pire c’est l’ignorance et l’absence d’une orientation de lutte.

            De ce fait, la communauté créole descendant d’esclaves est victime aujourd’hui d’une idéologie d’oppression aux multiples visages. Elle n’arrive pas non plus à intégrer le courant de notre système démocratique pour faire valoir ses droits à une considération faites de justices et d’équité. Et c’est comme une claque aujourd’hui au gouvernement mauricien pour que l’identité créole ne soit pas  reconnue constitutionnellement, et le même sort à la langue créole qui est toujours marginalisé. L’heure est venue pour la communauté de tourner la page de son histoire et d’entreprendre d’écrire celle de son avenir. Pour se faire, elle ne doit pas se laisser berner par n’importe qu’elle autre pastorale qui l’entraînerait  dans un labyrinthe sans issu ou se contenter de réjouissance festive à n’importe quelle occasion. Il est important qu’elle puisse créer une structure de lutte et employer un discours par le créole et pour le créole.

            C’est au seuil de la montagne sacrée du Morne Brabant désormais que la communauté créole doit pouvoir puiser sa force, dans le recueillement et la méditation,  de se laisser imprégner d’abnégation et de cette force qui a refusé la fatalité, quitte à se faire martyr d’une cause légitime et juste.

Note : Paul. E. François est mauricien et il est engagé dans la lutte pour la promotion et l’émancipation de la communauté créole à l’île Maurice, l’une des plus belles îles du monde.  

Voir aussi LA COMMUNAUTE CREOLE DE L’ILE MAURICE 

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