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Par Ardain Isma

CSMS Magazine

Quelle est la profondeur de notre amour pour Haiti? Si je pars à la recherche de nos expatriés en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde pour leur poser cette petite question, la réponse serait une écrasante “profonde.” Je ne serais pas surpris. La majorité des Haïtiens aiment leur pays. Cependant, si je devais reformuler la question en demandant des preuves de leur amour, quelque chose de concret et tangible pour supporter leur expression d’un amour profond, la réponse pourrait être très différente. C’est triste, très triste, mais c’est vrai.

Haïti a un passé glorieux qui ferait l’envi de nombreux pays. La République Dominicaine, notre pays voisin, est un pays que Haïti a dominé dans plusieurs épisodes tout au long de leur histoire commune. Aujourd’hui, il est impossible d’ignorer la différence aigue qui existe entre ces deux pays—et ceci sur plusieurs aspects. Une vue arérienne en route pour Haïti est juste suffisante pour faire briser le cœur. Pourtant, beaucoup d’entre nous restent complaisants pendant que la terre de Dessalines plonge dans l’oubli.

Pour beaucoup d’entre nous, tout semble bien, au moins à la surface, et nous sommes devenus si sophistiqués à dissimuler notre honte, notre orgueil parfois blessé qu’il n’y nous semble plus déranger, jusqu’à ce qu’un nouveau déclenchement émerge à la suite d’une humiliation collective. Puis, nous nous tenons à verser les larmes du crocodile tout en espérant que cette dernière vague d’embarras s’en aille le plus rapidement possible.

Quand j’étais au collège, beaucoup de mes camarades ont pris des classes spéciales pour peaufiner leur anglais afin d’ accélérer leur marche vers un américanisme illusoire. Autour de moi et autour d’autres compatriotes, ils se sont métamorphosés en le grand Monsieur Bovariste, protagonistes d’une ambivalence culturelle, l’image classique du type their-mondiste. Comme René Depestre, ils nous ont fait savoir que Haïti était dans tous leurs rêves , mais seulement dans leurs rêves .

Pendant ce temps en Haïti elle-même, le pays progresse lentement chaque jour vers le point de non-retour. La misère et la pauvreté sont étroitement liées, dans un mélange bizarre où ceux qui y vivent ne les remarquent plus. Depuis bien longtemps la misère est devenue un fait accompli, une réalité frustrante. La bureaucratie de l’Etat s’est transformée en un instrument qu’on doit s’acrocher pour arriver à faire parti du club des nouveaux riches,  une machine dont les politiciens opportunistes, les financiers récalcitrants, les petit-bourgeois sans aucune forme de scrupule et d’autres personnalités douteuses se sont emparés pour remplir leurs lots, leurs comptes d’ épargne en Suisse.

Pour les politiciens haïtiens , la mendicité est la norme, pas une réalité circonstancielle. La souveraineté d’Haïti a été subordonnée à l’autorité de diplomates étrangers par le biais de l’ONU. Poutant, nous nous réclamons d’être encore les descendants de Pétion, Dessalines, etc….

S’il y avait le moindre doute sur l’état privé d’Haïti, il faut regarder le dernier film, Assistance Mortelle de Raoul Peck. Les révélations choquantes de Jean Max Bellerive, ancien Premier ministre de René Préval, sont juste assez pour faire briser le coeur.

René Préval, alors un président impuissant, ne pouvait plus s’asseoir  en voyant les comploteurs  internationaux organiser son départ dans un colis politique comme ils le faisaient Aristide quelques années plus tôt .

Le soir du complot, Edmond Muller, représentant de l’ONU en Haïti, a téléphoné à Préval autour de 21 heures pour lui demander de faire ses valises . Ce récit est venu des propres mots de l’ancien président. Quand il a refusé d’avaler cette dernière humiliation, il a été pratiquement écarté du pouvoir jusqu’au dernier jour de sa présidence.

Haïti doit être sauvée des griffes de ses ennemis. Cependant, cela n’y arrivera jamais sans qu’il n’ y ait un véritable effort concerté pour la restauration de l’état physique de notre patrie bien-aimée. La passivité ne nous emmenera jamais vers la terre promise. Au contraire, elle ne peut seulement que faire prolonger notre honte, notre misère sans fin.

Je n’ai pas la réponse à la myriade de problèmes d’Haïti. Je peux seulement dire ceci: Un effort collectif s’avère nécessaire pour apporter le salut à ce paradis d’autruis des Caraïbes. L’intelligence humaine est la meilleure ressource naturelle d’un pays, et connaissant toutes les belles “têtes”  que Haïti a produites, il ne devrait pas être une tâche impossible à concretiser. Il exige seulement, tout simplement, un engagement sincère et patriotique.

Dr. Ardain Isma est rédacteur-en-chef de CSMS Magazine. Il enseigne la diversité culturelle à UNF (University of North Florida). Il peut être contacté à publisher@csmsmagazine.org .

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