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SANTO DOMINGO, DOMINICAN REPUBLIC - 01/03/2014Par Anne Lisberth Jean

Spécial pour CSMS Magazine

Jean Price Mars dans son essai : «  La femme haïtienne de Demain » a écrit qu’on reconnait et apprécie le degré et la valeur d’une culture ou d’un pays grâce à la position assignée aux femmes dans cette société. 

Cette position dérive de tout un ordre de préoccupation et n’est en définitive qu’une conséquence logique d’une certaine conception de la vie elle-même, c’est ce qui fait qu’on dit qu’elle est développée, moderniste ou  pas.  

La mouvance des sociétés de l’Amérique-Latine et de la Caraïbes qui réclame un environnement sain, des conditions de vie meilleure, la justice, le respect et l’égalité des droits humain pour tous, motive une redéfinition de leurs sociétés types, et ceci afin d’affirmer leur autonomie par rapport aux autres pays, selon ce qu’a rapporté de l’Association Canadienne des Etudes Latino-Américaine et Caraïbes (ACELAC).

Elle s’est accompagnée de l’émergence des femmes, dans ces nouvelles sociétés, en pleine expansion, ce qui confirme un pas dans les changements qui s’y opèrent. Haïti, dans cette mouvance, s’est doté d’un Ministère à la condition féminine et au droit des femmes/ MCFDF, depuis 1994, qui gère les problèmes liés à la lutte contre la violence faite aux femmes et la promotion des réalisations du beau sexe.

Sans entrer dans un schéma historique, le 8 mars dernier, lors de la journée des femmes dans le monde entier, sans musique ni tambour, les femmes haïtiennes vaquaient à leurs occupations quotidiennes, sans aucune attention spéciale pour ce jour particulier, à quelques exceptions de cas isolés parmi des bourgeoises de la haute société qui, à leur façon, essayaient d’honorer la mémoire de cette journée en cercle fermé, bien-sûr !

J’en suis à me demander s’il existe vraiment un esprit de reconnaissance des droits et valeurs des femmes en Haïti, sachant que le travail de celles-ci est quotidien, sans repos ni repas. A l’heure actuelle dans ce brouhaha moderniste, on comprend que la notion de femme a elle aussi changé !

femme-enfantMais alors, quel est notre conception de la femme haïtienne de nos jours? Et puis comment la présenter ? Qui gagne le droit à l’appellation « Femme » de nos jours ?

Simone de Beauvoir, dans son essai « Le deuxième sexe » dit ceci : « On ne naît pas femme on le devient » ! 

Dans notre société haïtienne, les filles apparaissent d’abord comme moins favorisées, car on a laissé reposer sur elles, les plus grands desseins sociaux. Les exigences auxquelles on les soumet, impliquent immédiatement un accomplissement personnel qui advient beaucoup plus tôt chez elles que chez les garçons, en leur conférant des responsabilités d’adultes.

Dès l’adolescence (14-17 ans), elles entretiennent des relations avec des hommes d’âges murs, des hommes mariés pour la plupart, afin de subvenir aux besoins de leurs familles ou tombent enceintes. Etant  beaucoup plus nombreuses que les garçons, en général, elles sont issues de familles défavorisées, à faibles revenus où le capital nutritionnel laisse à désirer. Poussées par  les exigences sociales et familiales, elles se contraignent à réagir contre ces pressions en se trouvant des protectrices afin de s’assurer une sécurité alimentaire et à subvenir aux besoins de leurs enfants.  Ainsi, elles détiennent le salut de leur famille et c’est grâce à elles que la maisonnée fonctionne ! Ce sont-elles qui tire les ficelles et à qui on rend des comptes, instaurant ainsi une forme d’autorité.

Cependant, la réalité est tout autre ! Dès leur tendre enfance, nos filles sont sujettes à la violence, aux contraintes sexuelles, aux manques d’accès à l’éducation (notamment en matière de contraception) ainsi qu’à l’information sur la santé sexuelle et reproductive.

Ceci entraine une exclusion sociale totale de ces filles marginalisées, engendrant une nouvelle catégorie de femmes, de plus en plus pauvres, de plus en plus exclus de la société, faisant face à des inégalités de sexes, mais qui, à leur yeux, semble un fait normal. 

Ce phénomène engendre les critiques et le rejet de ces femmes par nos compatriotes et ce ne sont pas quelques cas isolés, traités par le Ministère des femmes qui éradiqueront ce phénomène quand, d’aucuns pensent qu’il n’en est pas un !

Dans la représentation sociale haïtienne, se faire frapper par son partenaire est un acte d’amour et non de violence, selon l’adage qui voudrait que, « qui aime bien, châtie bien » ! Dans leurs recherches de confort et de protection sociale, ces femmes réclament un besoin d’autorité qu’elles n’ont pas connue dans leur enfance.  Convaincues par l’image du père autoritaire absent et à sa carence éducative, ces filles acceptent toutes formes de violence, car dans leur esprit « battre ses enfants est déjà un forme de socialisation en Haïti » !

Ces femmes blessées selon nous, en ce qu’elles ne sont pas en mesure de jouir de leurs droits et de les revendiquer car soumises à l’autorité d’un partenaire ou d’un mari, perpétuent le cycle d’inégalité, de dépendance et d’impuissance ! Elles se retrouvent femme qui gère un foyer ou une horde d’enfants alors qu’elles n’y étaient pas préparées et que rien n’a été entrepris pour les aider !

Psychologiquement la transition qui se fait d’une fille à une adolescente, d’une « ado » à une jeune femme, puis à une mère, est inexistant ou presque chez nous ! Contraintes de grandir d’un bloc, sans perspectives éducatives ni d’avenir stable dans notre société, ces filles sautent les étapes du développement infantiles et de leurs structurations en se forgeant dès l’enfance des caractères de femmes adultes avec un langage dur et acéré comme carapace de survie et qui donne naissance à une nouvelle forme de figure féminine dite Femme-enfant (mi-femme, mi-enfant), aux aptitudes défensives et agressives, aux prises de décisions pour la plupart irrationnelles, à l’absence d’épanouissement et de maturité.

IL s’agit de filles de 14-17 ans qui vivent la vie d’une femme de l’âge de 45 ans et dont l’avenir changent radicalement, et rarement pour le mieux, ce qui fait qu’elles adoptent des modèles comportementaux agressifs.  

Citons : « Les femmes sont souvent dans l’incapacité de se renseigner sur leurs droits et d’obtenir les ressources qui pourraient les aider à planifier leur vie et leur famille, à progresser dans leurs études et à appuyer leur participation aux activités économiques formelles (Greene and Levack, 2010) »

Comment envisage-t-on une journée de la femme, ni même une lutte contre la violence faite à celle-ci quand on a affaire non à des femmes à proprement parler mais plutôt à des enfants dans notre société ?  Que pense-t-on d’une société où les filles n’ont plus le droit de rêver ?  Elle joue déjà le rôle de parent.

A qui la faute dira-t-on ? Certains disent que c’est à cause de notre pauvreté, mais n’avons-nous pas nous même parents oublié nos devoir ?

Comment envisage-t-on des prospectives d’avenir pour ce pays avec cette jeunesse cancéreuse ? Il est vrai que nous souhaitons renforcer les possibilités de participation des filles et des jeunes femmes aux efforts social afin qu’elles puissent apportent leur soutien à la mouvance du pays et d’instaurer ainsi une égalité des sexes ; Mais ne devions nous pas commencer par la resocialisation nos filles et comble-t-on ainsi leur lacunes afin de leur alléger de leur fardeaux.   

Demandez aux filles de 14-18 ans ce qu’elles veulent et espèrent de cette âge, toutes les réponses seront les mêmes, elles diront qu’elles veulent toutes s’assurer du bien-être de leur famille. Déchargez nos filles de toutes ces exigences et pression sociales pour qu’elles puissent vivre leur jeunesse et arrêter de brulées des étapes.

Ainsi s’explique la perception haïtienne de la femme de nos, le jour » !

Note : Anne Lisberth est notre nouvelle correspondance en Haiti. Elle vit à Port-au-Prince.

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