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Par Paul. E. François

CSMS Magazine

Pendant que le gouvernement mauricien, les partis politique et l’autorité de l’église catholique s’apprêtent à remplir leur devoir de la célébration du  174ième  anniversaire de l’abolition de l’esclavage et que des transports  gratuitement offerts se dirigent  pour gonfler la foule au pied de la montagne du Morne Brabant, le petit village de Poudre d’Or enterrait un de ses fils, libéré ce jour, de la souffrance et de la misère de l’exclusion.

Nathaniel.

Jeune homme de vingt deux ans. A l’aube du monde adulte. C’est la période cruciale de la vie d’un individu. Cela doit être normalement le moment du campus universitaire avec l’espoir de pouvoir intégrer l’univers  professionnel. Ou sinon peut-être c’est l’age de toutes les expériences. L’orientation vers une vie normale, travail, responsabilité individuel, vie familiale et sociale. Lui, il était de ceux qui sont de la septième génération des fils d’esclaves libérés  un premier février 1835. Immigrés vers le littoral Nord pensant pouvoir y rejoindre la grande terre «  l’Afrique » par la mer, ou sinon de ces esclaves qui avaient choisi le métier de pêcheur pour pouvoir subsister.

      Ceux qui se battaient, arrivaient à survivre. Au prix de s’exposer à l’effritement des valeurs intrinsèques de leur ancêtre d’Afrique,  de Madagascar ou du sénégal. Pour ceux qui devaient se plier au code noir n’avait d’autres choix après l’abolition de l’esclavage que de poursuivre leur espérance dans le catholicisme en se soumettant aux exigences du rouleau compresseur du colonialisme et de son oligarchie religieuse.

      Pour lui Nathaniel, comme tant d’autres enfants descendant d’esclaves on avait décidé qu’il serait livré à eux-mêmes. Enfant des parents séparés, désorientés, devenus enfants de rues, des sans domiciles fixes, des enfants qui mangent à leur faim par la seule  compassion des gens ou en fouillant dans des poubelles et se faire un peu d’argent, en creusant de temps en temps  les fosses sépulcrales dans le cimetière de la localité. Lui c’est l’image d’enfants désabusés, qui se noyait dans l’alcoolisme pour atténuer sa misère ou peut-être, pour ne pas subir des fois les affres de la faim. Souvent on le voyait avec ses cheveux ébouriffés avec les brindilles de sa couchette de la veille dans l’herbe. Portant des chemises plus grandes que  sa taille, preuve qu’il portait des vêtements que les gens lui donnaient. Et, souvent les yeux  demi-clos laissaient apparaître tout espoir de repêchage ou tout simplement, que le seul espoir qui pourrait l’attacher à la vie, l’avait peut-être abandonné aussi.

      Pour Nathaniel, le calvaire de sa mort a débuté dans un petit bâtiment délabré, tout près du débarcadère du village ou il a sûrement passé ses derniers moments de marginalité dans l’ivresse,  avant que  l’agonie de la mort ne l’atteigne.  Dans cet état, il a du affronté le soleil brûlant du littoral qui a laissé des traces sur son cadavre, sans pour autant trouver la force de crier à l’aide, jusqu’à ce qu’un passant le retire de ce calvaire, sans avoir le temps toutefois de le sauver.

      La mort de Nataniel, c’est un exclu dans le paysage de l’endroit qui nous a quittés, mais c’est un exemple de plus, de trop, qui a le mérite d’avoir brisé le silence que nous impose l’indifférence de la société. Cette indifférence, le petit groupe qui accompagnait le cortège funèbre l’a bien ressenti, quand le prêtre de la paroisse, quittait en ce moment même l’enceinte de son église, fatigué peut-être de la rude besogne dominicale. Il n’y a aucune urgence, aucune considération spéciale pour ce genre de mort. Nathaniel était un paria qu’on regardait pardessus  l’épaule. Son enterrement, le jour du  174ième anniversaire de l’abolition de l’esclavage ; est révélatrice à plus d’un titre, confirment toutefois, qu’une frange de la population mauricienne ne mange pas à sa faim, n’ont pas droit aux moindres embauches de subsistance ou même pour exercer le métier d’éboueur leur sont des fois, refusés.

     Nathaniel est parti comme son père, sosie du fameux musicien « Buddy Guy » et son frère aussi presque dans des conditions similaires. Son seul privilège, c’est d’être enterré le jour de la célébration du 174ième anniversaire de l’abolition de l’esclavage. C’est comme une épitaphe qu’il nous laisse dans la mémoire au nom de tous ceux, exclus, à cause de leur façon de vivre, de leurs ascendances d’esclaves.

      L’évidence de ton départ, pèsera  longtemps encore sur l’environnement de ton errance sur la plage du village. Les oiseaux qui avaient l’habitude de sautiller autour de toi, pour picorer dans l’herbe les miettes de ta maigre pitance ne viendront plus chanter sur ce banc qui te servait de reposoir. Tout comme toi peut-être, ils se cacheront eux aussi pour mourir un jour.

Adieu Nathaniel.

Il a fallu que la mort te sorte de la servitude de l’exclusion.  Pour tous ceux qui doivent subir  l’avilissement aujourd’hui, qu’ils ne se laissent pas engloutir dans le désespoir. Ta mort, on le ressent, comme un cri de révolte, pour dénoncer les coupables, qu’ils soient politiciens, prêtres ou des soi-disant défenseurs de la cause créole ; car  leurs hypocrisies, et leurs trahisons continue à pourrir leur conscience.

Note : Paul. E. François est mauricien et il est engagé dans la lutte pour la promotion et l’émancipation de la communauté créole à l’île Maurice, l’une des plus belles îles du monde. 

Voir aussi L’ESCLAVAGE A L’ILE MAURICE: Rempart contre l’oubli

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L’univers de l’imaginaire 

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