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You Are Here: Home » French Articles » JOHN STEVE BRUNACHE SE DIT PRÊT À RECOMMENCER

Par Jeanie BogartCSMS Magazine Staff WriterJohn Steve Brunache reste, sans équivoque,  l’un des meilleurs artistes haitiens. On parle souvent de Manno Charlemagne, de Toto Bissainthe, de Matha Jean Claude etc.. mais parfois on sous-estime tant d’autres qui ont laissé des traces inoubliables dans l’histoire de notre patriomoine musico-littéraire. John Steve Brunache fait parti de cette grande famille musico-littéraire. S’auto-ecarté de la scène depuis presqu’une dizaine d’années, beaucoup croyaient qu’il s’était totallement démisionné de ses fonctions de Samba historique. Certains croyaient même qu’il était mort. Mais aujourd’hui il nous revient plus en forme que jamais pour nous parler de son enfance, de ses nouveaux projets, de son amour pour Haiti Chérie et, surtout, de ses sept ans d’absence.     Parlez-nous de John Brunache, de son enfance, sa jeunesse.C’est très difficile de raconter une si longue histoire. J’ai eu une enfance dorée vu la façon dont la famille et les amis prenaient soin de moi dans le quartier. Je suis le premier enfant de la famille. Les premiers sont toujours les gâtés tout comme les derniers d’ailleurs. J’avais beaucoup d’amis, je jouais au cerf-volant, à la toupie, j’ai appris à nager. J’allais à l’école chez les Frères de l’Instruction Chrétienne et je faisais aussi partie des enfants de choeur de la ville. Mais à un moment donné, il y a eu une cassure. Ma mère s’était séparée de mon père et, entre-temps, elle a dû voyager. Et moi, je suis resté en arrière pour la rejoindre beaucoup plus tard.  Donc, j’ai dû entrer avec une grande vitesse dans l’adolescence où j’ai commencé à prendre des décisions très personnelles, à voler de mes propres ailes. Alors, c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à connaître le vrai visage de ce que nous appelons la vie sur cette terre. Pendant cette période, j’ai connu les affres de la vie. Cela ne veut pas dire que j’ai côtoyé la misère. Mais c’était vraiment difficile pour moi de n’avoir pas eu à  mes côtés les personnes qu’il me fallait, pour bien et mieux grandir. Mais heureusement, j’ai eu la chance d’avoir une enfance et une éducation de base solides qui m’ont permis, à partir de dix-sept, dix-huit ans, de monter la tête haute, le front au soleil avec de très grandes inspirations pour affronter la vie.Parlez-nous de vos débuts dans la musique? Qu’est-ce qui vous a incité à chanter?Comme toute personne qui faisait partie du scoutisme, je chantais beaucoup pendant les excursions, les rendez-vous. Et aussi chez les Frères, on chantait beaucoup pour préparer la messe du dimanche. Il y avait aussi dans ma famille des personnes qui donnaient des sérénades; c’était l’habitude bien sûr dans les quartiers à cette époque-là, les jeunes gens qui étaient plus avancés que moi, restaient tard dans la ville pour chanter pour les femmes. Je me retrouvais sans le savoir certaines fois, en train d’interpréter certaines belles chansonnettes françaises. Je chantais assez bien et recevais des compliments. Cela ne m’était pourtant pas venu à l’idée d’en faire une carrière ou que j’allais me faire un nom dans la musique haïtienne. Car, dès l’enfance, mon père et ma mère avaient décidé que je devais aller en Allemagne pour étudier la médecine. J’ai découvert la chanson avec ma voix beaucoup plus tard, lorsque je me suis installé à Port-au-Prince avec des amis. C’est à cette époque-là que j’ai commencé à vivre la vie nocturne avec des amis au cours des sérénades, de grandes randonnées à Delmas 69, dans les zones de Carrefour, de Nazon, à Bourdon où on allait réveiller des pensions de jeunes filles à 1hr-2hrs du matin, avec de très belles chansons françaises. C’est à partir de ce moment que j’ai compris qu’il fallait continuer à faire valoir ma voix.On ne retrouve cependant pas trop l’amour dans vos chansons, à part l’amour pour Haïti.L’amour est très vivant dans mes chansons. L’amour pour mon pays, pour cette grande nation, l’amour aussi pour mes frères et soeurs. Cet amour avec un petit piment érotique, c’était un amour de ma jeunesse. Avant que j’ai pu faire la découverte de ces chansons engagées, on me considérait comme un chanteur de charme.Est-ce que ça va revenir?Je ne sais vraiment pas parce que j’ai abandonné ces chansons pour pouvoir réveiller ma conscience haïtienne, la vraie conscience. Je veux dire par-là, porter ces chansons à un niveau où elles peuvent toucher la mentalité. Une mentalité qui doit changer, qui doit dépasser le niveau de la médiocrité, de la petitesse, de l’infériorité. C’est ce que j’ai voulu faire. On dit que je suis engagé. Bon je suis engagé dans une certaine mesure à la réparation de la mentalité qui a été brisée depuis le temps des massacres esclavagistes, brisée depuis le temps des grandes séparations des enfants d’avec leur maman, de la cassure des familles depuis le temps d’écartèlement sur les champs de bananes, de cotonniers, sur les champs de cannes. Beaucoup de choses comme ça nous sont restées dans la mémoire même si nous n’en parlons pas aujourd’hui. C’est quand même un tout petit peu génétique parce que c’est une douleur, une sorte de blessure que nous portons pour nos ancêtres qui ont tant souffert pour nous. Alors je me suis dit qu’il me faut faire quelque chose, porter matière à l’édifice, à la construction de ce pays et c’est ainsi que j’ai décidé de me ranger du côté des chanteurs engagés. Mais je suis quand même resté sentimental et assez pur dans mes chansons d’amour pour les femmes, que je chante en cachette.Quels sont vos chanteurs préférés?Lorsque j’avais dix-sept ans, j’ai beaucoup aimé Mike Brant. Ses chansons sont restées immortelles. J’ai aussi aimé Léo Ferre, Michel Sardou. Du côté haïtien, j’ai beaucoup apprécié la voix de Cubano de Skah Shah, j’ai apprécié aussi la façon d’animer de Shoubou de tabou Combo. Lors de mon passage à Radio Métropole, j’ai connu la voix de Gérard Dupervil. Deux vedettes haïtiennes qui m’ont beaucoup frappé: Roger Colas et Guy Durosier. J’aime aussi John Steve Brunache (Rires).Vous avez disparu de la scène musicale depuis près de dix ans au point où on vous a cru mort, pourquoi?Eh bien, il y a eu des hauts et des bas. J’ai dû prendre la grande décision de fonder une famille avec ma femme Marjorie. Aujourd’hui nous avons deux garçons très beaux, très éveillés, intelligents, Emet et Ado. Je voulais faire une expérience importante au cours de ces dernières années: celle de permettre à mes enfants de sentir ma présence. Je ne peux donner conseil à mon pays ni ne peux le chanter tout en négligeant ma famille. Parce que le pays est une grande famille. Si je dis que je respecte et que j’aime mes frères et soeurs, si je dis que j’aime mon pays et que je veux participer à sa construction, il me faut commencer avec ma propre  famille. La charité bien ordonnée commence par soi-même.Voilà pourquoi j’ai pris la décision de m’écarter de la scène musicale (il faut préciser que c’est pendant les sept dernières années). Car, avant de me retirer totalement de la scène, j’ai joué durant les années 97, 98 et 99.Sur quoi travaillez-vous en ce moment?Je travaille sur un nouvel album de 12 à 15 chansons entre femmes et pays. Des femmes que j’ai aimé et que j’ai voulu chanter. Des femmes qui sont restées des combattantes, des guerrières, qui ont travaillé à mes côtés et qui ont aussi connu les affres de la vie. Il y a aussi le besoin de voir le pays évoluer et changer. Nous sommes en présence d’un grand danger dans ce pays. C’est de ça que je vais parler sur mon prochain album. Nous possédons les montagnes, les rivières, les fleuves, les vallées. Il nous faut non seulement les revaloriser, mais aussi les reconquérir non pas avec cet égoïsme, ce besoin d’être radicaux ou d’être trop nationalistes. Mais surtout avec ce besoin d’être patriotiques, ce besoin d’être haïtiens et de savoir que nous avons un pays bien à nous, avec ses lois que nous respectons et qui nous protègent. C’est très important parce que nous sommes en train de perdre de la vitesse, et je veux dire par là allégoriquement que nous sommes en train de perdre le pays. Il est en train de glisser entre nos mains parce que nous n’avons jamais compris qu’il nous faut, ensemble, le construire. Mais le construire, c’est d’abord construire nous-mêmes, notre caractère, construire sur la pierre de notre personnalité. Comment ne pas aimer du fond du coeur une personne telle que Émeline Michel, une vraie artiste et amie de longue date? Nous devons aimer le pays pas seulement à travers les fleuves et les montagnes que nous possédons mais aussi à travers des personnes (artistes, bons politiciens, etc.) qui ont aidé à construire le pays grâce à leur travail. Certaines personnes ont essayé de séparer les éléments. Mais le pays est un tout. C’est pour cela qu’aujourd’hui on utilise encore mes chansons dans des moments de tragédies ou de tristesse, dans les moments où le pays a besoin de réconfort, alors que je suis absent.Nous allons rester indépendants, nous allons dépendre l’un de l’autre jusqu’à la fin. C’est ce message qu’il me faut encore lancer à mes frères et soeurs.Avez-vous jamais pensé à tout abandonner pour de bon?Certaines personnes ont voulu me porter à tout abandonner. Mais elles se sont trompées. Je ne suis pas prêt à abandonner. Au contraire, je suis prêt à recommencer. L’âge, le temps, les intempéries ne me porteront pas à abandonner. Je suis un homme debout, je resterai debout. Je n’ai pas été touché par le vert-de-gris et par la bêtise. Beaucoup ont cherché des antécédents ou ont prétendu dire ceci ou me rappeler cela, mais aucune bavure n’a été laissée sur mon chemin comme trace de mauvais comportement ou de préjudice envers les autres qui pourrait porter quelqu’un à me forcer à abandonner. Mon intégrité est resté merveilleuse jusqu’à ce moment.Comment voyez-vous l’avenir du pays?Comme toute partie intégrante du pays, on se sent parfois secoué des tragédies, des moments difficiles de ce pays. Lorsqu’on est ainsi secoué, en tant qu’être humain, on a tendance à laisser place au doute. C’est comme l’oubli, ça fait partie du voyage. Les temps ont été difficiles mais je suis un grand croyant. Lorsque quelqu’un refait le parcours de la libération, de l’indépendance, le parcours des grandes insultes étrangères et des occupations, le parcours de nos luttes intestines pour venir jusqu’à aujourd’hui, tout cela peut porter au découragement, à l’affaissement. Mais pour moi comme pour beaucoup d’autres haïtiens tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, tout cela est source de force, de courage et d’énergie pour continuer la lutte.Il paraît que John Brunache est aussi poète, parlez-nous de votre poésie.C’est vrai que je suis poète. Je ne l’ai jamais caché. Au cours de mon passage à l’École Nationale des Arts, j’avais toujours fait remarquer à mes amis que je suis poète avant d’être chanteur. La poésie est mon grand besoin, mon grand désir, ma grande passion. C’est ce grand canal que j’appelle mon canal de Panama qui relie les deux océans de ma vie, les eaux de mon supérieur et celles de mon inférieur. Je veux parler de mes désirs dans le sens érotique et mes désirs dans le sens spirituel. J’ai appris à mieux me connaître à travers la poésie que vous pouvez retrouver dans mes chansons d’ailleurs. Cette poétique culturelle, je l’ai toujours cultivée et portée avec moi partout où je passe.Comptez-vous publier un jour?Cela a toujours été mon intention. Mais il y a eu de fâcheux contre-temps. J’essaie de retrouver mes écrits cachés dans des tiroirs chez moi. Je suis sûr qu’avec l’aide de quelques amis et de quelques conseillers j’arriverai à les publier à la fin de cette année, sinon au début de l’année prochaine.Vous venez de parler de spiritualité, quel rôle joue la spiritualité dans votre vie d’artiste?Un rôle important, fondamental même. À travers les textes de mes chansons, c’est un message spirituel non seulement de libération mais aussi de relèvement de la conscience que je lance à mes frères et soeurs. Il faut élever la petite conscience de la petite mentalité à une nouvelle conscience de la grande mentalité pour pouvoir retrouver le temps de notre beauté intérieure, le sens de nos valeurs, de notre spiritualité en tant qu’êtres, avec une religion en train de s’épanouir et en train d’évoluer.Avez-vous toujours eu le support de vos proches dans vos activités d’artiste?Evidemment, je dois mentionner la présence de ma femme Marjorie à travers tous mes travaux, le support aussi de mes soeurs, spécialement de Darling Brunache. Quelques uns de mes proches ont toujours essayé de me comprendre, de me supporter. Les artistes n’ont pas toujours la chance d’être supportés par leurs proches. Tout ce qui n’est pas immédiatement rentable, immédiatement profitable, surtout dans le milieu haïtien, n’est pas supporté. Mais avec mon expérience, le bien fondé de ma carrière, aujourd’hui, ils me comprennent et me supportent moralement et spirituellement.Aimerez-vous que vos enfants suivent vos traces?Les enfants sont d’abord les enfants du Père Céleste. J’en suis le gardien sur cette terre comme Joseph était le gardien de Jésus Christ. Je ne sais pas si j’aimerais qu’ils marchent sur mes traces. Cependant, au niveau génétique, on retrouve les bonnes et les mauvaises qualités que l’on porte en soi, chez l’enfant auquel on a donné naissance. J’y pense parfois et je vais y penser plus souvent. Peut-être qu’ils ont des qualités qui ne sont pas encore révélées et des dons qui sont encore cachés. Mais c’est un très beau métier celui d’artiste, dans toute sa variété. J’ai Ado et Emet, ils sont très talentueux. Je pense aussi pour d’autres enfants, des artistes en dehors de ce bercail, Pythagore, Melchizédek, Stéphanie. De toutes façons, il faut attendre, rester vigilants et prier pour les enfants. Dieu y pourvoira.Un dernier mot pour les fans?Le mot serait le mot de l’amour. J’aime beaucoup mon pays, j’aime beaucoup les haïtiens de toutes les couleurs, de toutes les nuances, de toutes les catégories. Je les admire et c’est pour ça qu’ils continuent à aimer  mes chansons et à utiliser les mots de valeur, les mots de lumière qui font écho à leur coeur, en leur conscience. Mon mot pour eux c’est que la lumière leur serve de boussole, et aussi le lien qui peut les unir toujours dans la vie, dans leur quotidien, dans leur lutte pour le changement, le progrès dans ce pays qui est nôtre et que nous devons aimer. Et c’est pour cela que je redis à tous mes frères et soeurs: notre Haïti, c’est mon Haïti, ma chérie. Je vous aime beaucoup. Que Dieu vous bénisse !Voir aussi JOHN STEVE BRUNACHE REVIENT TOUT FEU TOUT FLAMME

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