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Saturday, July 2, 2022

Haiti: Pecher dans une savane….la Savane desole

A quelques minutes de l’entrée sud des Gonaïves, leshabitants des localités de Mandrin et de Brunettes’adonnent à une activité plutôt particulière dans unezone semi-désertique, voire insolite : la pêche. Leurréserve de choix : la Savane désolée.Plus de huit mois se sont écoulés depuis lesinondations provoquées par la tempête tropicale Jeanneaux Gonaïves. La Cité de l’Indépendance en subitencore les éclaboussures. La ville ne s’est toujourspas remise de la disparution d’au moins 2.000 de sesfilles et fils. Avec ses périphéries, elle tenteaujourd’hui encore de se défaire d’un environnementpost-Jeanne insalubre.Aux Gonaïves, des maisons gardent encore les traces dela boue meurtrière du 18 septembre 2004, familièresaujourd’hui aux regards des citadins. A certainsendroits, les eaux n’ont toujours pas séché… comme àla Savane désolée, cette vaste plaine semi-désertiquetransformée littéralement en un lac après Jeanne.Une savane pas comme les autresAprès la tempête, les poissons. Déjà, « en 1973, lasavane fut inondée et on en tira beaucoup de poissonsen cette période-là. Après l’inondation du mois deseptembre 2004, on était tout de suite convaincu qu’ily aurait de nouveau des poissons », a affirmé unesexagénaire. Trente-deux ans plus tard l’histoire serépète avec Haïti chérie comme musique de fond.Cette Savane dite désolée se situe à plus de vingtminutes en voiture du centre-ville. Elle estmaintenant divisée en deux lacs occasionnels étendusdes deux côtés d’une route nationale cahoteuse, enattendant la fin des récents travaux publics deréfection.Sur l’accotement ou mieux sur la rive gauche, unedizaine de garçons, des gringalets, armés chacun d’unlong bâton au bout duquel une ficelle est fixée enguise de ligne. Alors qu’ils pêchent dans les eauxplutôt douteuses de la savane, des femmes en sortentles pieds nus.Rémy Novembre, l’un des garçons-pêcheurs, les cheveuxjaunis, dépose lentement quelque chose dans unrécipient en plastique. Un rapide coup d’œil et on yaperçoit un petit poisson, fruit de sa pêche.Pêche miraculeuse« J’ai treize ans. Mes parents et moi, nous venonspêcher chaque jour à la savane », me confie Rémy sanshésiter. Il me conduit ensuite sous un arbre, à larencontre d’une dizaine de jeunes filles et d’autresbien plus âgées.Assises sur les bas-côtés d’une route nationalepoussiéreuse, elles discutent devant leur « commerce», exposé dans des sceaux de vingt litres remplis depetits, de gros tilapia et de « bout lang ».« Après chaque journée de pêche, on s’en sort avec aumoins cinq sceaux bien remplis », précise Marilène,l’une des jeunes filles. « On vend le sceau à 750gourdes. Quatre poissons coûtent 25 gourdes parexemple. Mais un dodu +bout lang+ peut se vendrejusqu’à 150 gourdes », poursuit-elle.« Les poissons qui se trouvent dans les lacs ne sontque des poissons d’élevage », explique le ministre del’Environnement André Wainwright, contacté parl’agence en ligne Haiti Press Network. Selon M.Wainwright, il n’y a aucun danger pour que les gensles exploitent et s’en nourrissent. « S’il y avait desproduits chimiques, des métaux lourds dans les lacsceci représenterait le principal danger d’exploitationet d’alimentation. »Les familles de Mandrin et de Brunette qui, depuis lacatastrophe du 18 septembre, vivent « à la grâce deDieu », profitent de cette pêche qui, selon eux, leurrapporte de quoi nourrir leurs enfants.Ne touchez pas à ma savane !« Nous ne voulons pas de l’aide du gouvernement etpersonne d’autre que nous n’utilisera notre réserve »,a lancé catégorique un « vieux pêcheur. »« C’est l’incompétence des gens et des préjugés quiles poussent à agir ainsi », a corrigé M. Wainwright.Entre-temps, des familles disent souffrir énormément,vu les conditions dans lesquelles elles vivent. Selonleurs témoignages, plusieurs maisons sont encoreentourées d’eau. Les riverains ont construit leurspropres chemins et doivent parfois jouer à la marellepour y accéder.Dire que le pays a déjà compté les premiers mortsd’une nouvelle saison qui vient tout juste decommencer.BC/JECNote: Cet article a ete publie pour la premiere fois par Haiti Press Network

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