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You Are Here: Home » French Articles » LA PREMIÈRE ÉCOLE PUBLIQUE FRANCO-AMÉRICAINE BIENTÔT À NEW YORK

Par Jeanie Bogart

CSMS Magazine

Il est possible pour les enfants d’origines francophones vivant à New York de continuer d’apprendre le français. Coordonné par Mr. David Lasserre, le French Héritage Language Programme offre bien services en ce sens aux francophones, incluant un programme de camp d’été. Et pourquoi ne pas ouvrir d’autres horizons aux enfants lorsque l’opportunité se présente? Alors que l’ouverture de la première école publique franco-américaine de New York est prévu pour septembre 2010, Mr. Lasserre nous a accordé un entretien.

Jeanie Bogart: M. Lasserre, qui a créé le French Heritage Language Program et pourquoi?
David Lasserre : C’est un programme d’un genre tout à fait nouveau. En 2004, une enquête de terrain menée auprès des milieux associatif et éducatif new-yorkais a révélé de grands besoins en enseignement du français à destination des jeunes francophones récemment immigrés aux États-Unis. Ceux-ci, à mesure qu’ils apprenaient anglais, évidemment indispensable, délaissaient les langues qu’ils parlaient en arrivant, dont le français. Le French Heritage Language Program, une initiative conjointe du Service culturel de l’Ambassade de France et la Fondation Alfred et Jane Ross, et aujourd’hui un programme de la fondation à but non lucratif FACE, a pour vocation de promouvoir un vrai bilinguisme anglais-français en favorisant le maintien du français oral et écrit.

JB : A part l’enseignement du français, le programme offre aussi un camp d’été aux enfants. Pouvez-vous nous en dire plus ?

DL : Les cours proposés pendant l’année scolaire se concentrent sur l’enseignement de la langue proprement dite à travers des projets culturels francophones (littérature, musique, cinéma…). Pendant l’été, notre approche est différente : nous cherchons avant tout à permettre un usage intensif de la langue. Pendant trois semaines en juillet, six à sept heures par jour, les élèves participent à des ateliers artistiques comme le théâtre, la peinture, la danse et l’écriture en compagnie d’artistes professionnels francophones. Nos groupes passent également beaucoup de temps à l’extérieur dans les musées, parcs et institutions francophones, afin d’utiliser leur français en situation réelle. Et cette année, nous avons pour la première fois emmené une vingtaine d’élèves à Québec pendant huit jours… Juillet était une vraie fête !

JB : Dans quelles écoles le programme est-il déjà établi ?
DL :  Le programme régulier est présent dans plusieurs lycées publics du réseau Internationals Network for Public Schools. Cependant d’autres établissements collaborent avec nous pendant l’été. Cet été, nos lycées d’accueil étaient les suivants : Medgar Evers College Preparatory High School (Brooklyn), International Arts Business School (Brooklyn), Jamaica High School (Queens), et Marble Hill School of International Studies (Bronx). Nos participants sont par ailleurs venus de 11 établissements scolaires différents.

JB: Est-ce que d’autres enfants en dehors de ces écoles ont accès au programme?

DL : Les cours réguliers sont suivis exclusivement par les élèves inscrits dans les lycées où ils sont offerts. En revanche, le programme d’été est ouvert à tout jeune francophone de New York et même des Etats-Unis ! Nous avons jusqu’ici proposé un programme adapté aux adolescents, mais nous souhaitons cette année ouvrir nos activités aux plus jeunes également. Enfin, et c’est un appel que je lance aux représentants des communautés francophones, nous serions tout à fait prêts à étudier des formules de proximité avec des cours pour jeunes et adultes dans les bibliothèques de quartier, les églises ou les centres communautaires, que ce soit à New York ou ailleurs.

JB : Combien de temps durent les cours ?

DL : La durée des cours réguliers s’échelonne de 2 à 3 heures hebdomadaires suivant les établissements scolaires, de septembre à juin. Le programme d’été équivaut quant à lui à 100 heures d’immersion en français.

JB : Qui sont les enseignants ?
DL : Nos enseignants sont soit des enseignants de français professionnels francophones (de France, du Cameroun, d’Haïti), soit des enseignants américains complètement bilingues. Il faut savoir qu’il n’existe pas de manuel d’enseignement du français adapté au public francophone. Notre équipe d’enseignants conçoit donc et met en œuvre des ressources pédagogiques entièrement nouvelles, disponibles sur notre site internet.

JB : Quels bénéfices les enfants retirent-ils de ces cours de français ?
DL : Dans un monde globalisé et dans une ville comme New York, pensez-vous qu’il vaille mieux savoir parler et écrire une seule langue, ou plusieurs ? Le premier bénéfice est bien sûr la garantie de meilleures opportunités d’études puis professionnelles. Les élèves qui continuent à progresser en français après avoir quitté un pays francophone maintiennent par ailleurs un lien avec tout ou partie de leur culture et de leur identité, et sont en mesure de communiquer avec leurs compatriotes et membres de leur famille dans cette langue. N’est-ce pas un bien précieux ? Sans parler de tous les autres régions du monde où l’on parle le français !

JB : Y a-t-il une diversité au sein des enseignants et des élèves ?

DL : Oui, c’est un élément très important pour nous. Nous rencontrons de facto une belle diversité au sein de nos groupes d’élèves. A New York, les jeunes Haïtiens viennent en tête de nos effectifs à Brooklyn et Queens. Dans le Bronx et Manhattan, nos élèves viennent majoritairement du Sénégal, de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et du Togo. Dans tous les cas, ces groupes mixtes sont d’une merveilleuse richesse culturelle. Nous prenons soin, dans le cadre de nos activités, de refléter la diversité de nos élèves au sein de nos équipes enseignantes et dans le choix de nos intervenants.

JB : Êtes-vous satisfait du progrès des élèves ?

DL :  Notre principal défi est d’assurer la progression de tous les élèves d’un même groupe, bien que chaque élève de ce groupe offre un niveau de compétence linguistique différent. Nous pratiquons ainsi la pédagogique dite « différenciée » afin de répondre aux besoins des élèves les plus avancés comme des élèves en phase de réappropriation de leur langue. Nos élèves ayant satisfait au cours reçoivent des crédits, mais ces crédits récompensent une progression plutôt qu’un niveau de langue. Nous valorisons également beaucoup la prise de conscience par l’élève de l’importance de sa langue et des langues en général, et les efforts qu’il accomplit pour augmenter sa fréquentation du français à l’extérieur du cours : littérature, radio, internet… Nous sommes heureux de constater à quel point les élèves s’attachent à notre programme. Cet attachement traduit une valorisation de la langue qui conduit souvent à d’excellents résultats au plan pédagogique. La qualité de nos enseignants et le soutien actif apporté par les lycées qui nous accueillent sont également des facteurs déterminants.

JB : Tout ça a l’air coûteux, d’où vient le financement pour un tel programme ?

DL : Nous recherchons des fonds tout au long de l’année auprès de financeurs privés, notamment les fondations. Je tiens à remercier ici la Fondation Alfred et Jane Ross, qui nous fait confiance depuis le début. Dans le cadre du programme d’été, une contribution financière est demandée aux familles.

JB : Considérez-vous le programme comme étant réussi jusqu’à présent ?

DL : Je pense qu’il faudrait poser cette question aux élèves, aux parents, aux directeurs d’écoles et aux représentants des communautés francophones qui travaillent de concert avec nous ! Pour moi, le sourire des élèves au travail est l’un des meilleurs baromètres.

JB : Vous avez participé à quelques activités organisées par la communauté haïtienne à travers New York dont la Journée du Livre à Brooklyn, pour les informer de l’existence du programme. Quel genre de support attendez-vous de cette communauté ?

DL : Je remercie l’organisateur de la Journée du Livre, M. Assely Etienne, de m’avoir convié à cet événement. Ainsi que je l’ai dit ce jour-la, je pense que les besoins en enseignement du français à destination des francophones des Etats-Unis ne pourra se faire que si la communauté francophone se rend visible afin que ses besoins en français ne puissent plus être ignorés. La communauté haïtienne, ses associations et sa presse, ont un rôle de premier plan à jouer dans ce domaine et je tiens à saluer ici les Dr. Antoine Vaval et Daniel Beauzil, ainsi que Mme Florence Hector, pour leur grand enthousiasme et l’aide inestimable qu’ils ont apportée depuis deux ans. Je suis convaincu qu’il faut inciter les familles à demander davantage de cours de français dans les écoles où sont scolarisés leurs enfants. Nous pouvons les y aider. Nous serions également heureux d’accueillir dans nos classes des intervenants adultes, parents, artistes, etc. Enfin, nous avons grand besoin de relais d’information (institutions, associations, parents) au sein de la communauté haïtienne afin que davantage de jeunes puissent bénéficier du programme.

JB : Vous avez récemment tenu une Cérémonie de remise de certificats à Manhattan. Dites-nous comment ça s’est déroulé ?

DL: Cette cérémonie organisée à l’Ambassade de France marquait la fin du premier volet du programme d’été, avant le voyage à Québec. Plus de cent personnes étaient présentes pour assister à la remise des « certificats d’excellence » aux participants, dont plusieurs présidents d’associations francophones qui nous rencontraient pour la première fois. C’est un signal positif pour nous.

JB : Quels sont vos projets à court et à long terme ?

DL : Nous prévoyons d’offrir à partir de cette année le programme aux plus jeunes en école primaire, pendant l’année et durant l’été. Nous ouvrons également pour la première fois le programme en Floride, où les élèves bénéficiaires seront en grande majorité haïtiens. Nous sommes prêts à étudier d’autres possibilités d’ouverture de programme si nous sommes sollicités et qu’un accord est trouvé en cofinancement. Nous travaillons par ailleurs activement à la création de ressources pédagogiques et collaborons sur certains projets de recherche en linguistique, avec le National Heritage Language Resource Center de UCLA notamment.

JB : Comment les intéressés peuvent-ils vous contacter soit pour s’inscrire ou pour s’informer un peu plus ?

DL : J’invite ceux qui souhaitent s’inscrire, nous aider ou en savoir plus à se rendre sur notre site internet. Le visiteur y trouvera de nombreuses informations sur nos objectifs, des ressources pédagogiques, un forum, et bien sûr nos contacts. Les inscriptions en ligne au programme d’été 2009 seront ouvertes dès février prochain.

JB : Avez-vous un message en particulier pour les concernés ?

DL : Je n’en ai qu’un : travaillons ensemble !

Sites Webs :
New York French American Charter School: www.nyfacschool.org

French Heritage Language Program : www.facecouncil.org/fhlp
Francophonie New York : www.francophonieny.orgInternationals Network for Public Schools : www.internationalnps.org
National Heritage Language Resource Center-UCLA : www.nhlrc.ucla.edu

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