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You Are Here: Home » French Articles » VISION DE L’OPL DE LA CONSTRUCTION DE L’ALTERNATIVE AU POUVOIR D’ÉTAT TRADITIONNEL

Nous publions ci-dessous ce document qui nous est parvenu de la part d’un de nos confrères en Haïti.  Ce document représente la vision politique de l’OLP (Organisation du Peuple en Lutte), un regroupement des anciens membres du l’Organisation Politique Lavalas. Nous nous garderons pour l’instant de partager notre opinion avec notre lectorat. Nous réservons notre critique et analyse pour une prochaine occasion. Entre-temps, nous vous proposons de lui lire vous-mêmes afin de pouvoir en tirer des conclusions. Rappelons que ce texte a été publié pour la première fois en Haïti le 8 octobre dernier.      

Introduction 

  1. Depuis 1986, le peuple haïtien n’a jamais cessé de dénoncer la nature, l’orientation et le fonctionnement du pouvoir d’État traditionnel. Cette attitude est l’expression manifeste du rejet total des principales caractéristiques de cet appareil de domination et d’exploitation : la centralisation du pouvoir, des richesses et des opportunités aux mains d’une minorité de profiteurs, siégeant en l’unique lieu de décisions, la capitale; le mépris du citoyen dans ses droits et ses préoccupations; l’arbitraire du chef, détenteur de tous les droits et de tous les pouvoirs; le déni de justice, l’autoritarisme ou l’anarchie selon le cas, mais toujours au profit du chef suprême; la dépendance avilissante par rapport aux puissances étrangères, et comme corollaires de tout ce qui précède la détérioration des conditions de vie des citoyens et citoyennes, l’aggravation de la misère du peuple, la dégradation écologique, économique, sociale, politique et morale du pays.
  2. L’avènement de Lavalas au timon des affaires publiques a charrié beaucoup d’espoir, en particulier  pour les masses défavorisées. Néanmoins, après 15 ans de règne, c’est la désillusion, la déchéance, de même que l’accentuation des aspects négatifs et rétrogrades de l’État traditionnel qui  continue d’être  en opposition à la Nation, prédateur de ses richesses et de son bien-être, hostile à toute forme d’organisation de la société.
  3. Le président de la République, premier représentant de l’État, en dépit de sa filiation politique ou idéologique, ne vise,  en définitif,  qu’à perpétuer cet État  et de fait le perpétue au détriment des masses ravalées dans l’indignité et la misère, les classes moyennes appauvries, le pays sous perfusion et sous surveillance internationale; et comme toujours au profit d’une infirme minorité, aggravant ainsi les inégalités sociales et les sources d’instabilité et de conflits sociaux et politiques.

 Analyse 

Aussi l’OPL,

  • convaincue du fait que les organisations de la société à caractère politique et autres, soucieuses du bien-être collectif de la Nation, constituent le dernier rempart quand l’État dégénère et entre dans un processus avancé d’affaiblissement, et en ce sens doit être refondé et renforcé pour pouvoir jouer à nouveau son rôle de garant de la souveraineté nationale, des libertés citoyennes et de régulateur de la société, et constatant que les acquis démocratiques, constitutionnels et organisationnels des luttes populaires menées de 1986 à nos jours sont menacés et qu’il y a lieu de les défendre, de les protéger voire de les consolider, considérant que le népotisme, la corruption, l’intimidation, la violence et la démagogie, érigés en méthodes de gestion des affaires de l’État, se révèlent endémiques dans notre  pays et  qu’il y a lieu de mettre fin à cette façon de faire qui est un obstacle au progrès social, à la modernisation politique et au développement économique ;
  • analysant la situation globale du pays, au regard de la faiblesse effective des organisations politiques et sociales et tenant compte de l’apparente indifférence des citoyens et citoyennes par rapport aux processus de désignation des dirigeants de la chose publique et considérant leur attitude de dépit vis-à-vis du processus de décrédibilisation planifié des élections et de l’entreprise d’instrumentalisation des élu(e)s qui d’une part dénature le Législatif et l’Exécutif et d’autre part transforme la transition démocratique en un état de fait permanent alimentant des ambitions particulières ;
  1. considère-t-elle que le pays a besoin d’un nouvel instrument politique, unitaire,  progressiste, démocratique et populaire et qu’il urge aux acteurs politiques et sociaux d’y apporter une réponse appropriée capable d’offrir une ALTERNATIVE viable à la Nation pour la mobiliser en vue de stopper la dérive politique ambiante, de prévenir la catastrophe environnementale annoncée, de relever la paysannerie  pour une relance effective de la production nationale, de redonner espoir et goût de vivre à tout un chacun dans une Haïti nouvelle, régénérée.
  2. Pour construire cette ALTERNATIVE, l’OPL pense qu’il faut rassembler partis politiques, organisations sociopolitiques ou organisations sociales proprement dites, personnalités du secteur démocratique et progressiste, autour d’une vision partagée du nouvel État soucieux de ses responsabilités envers la Nation, revêtu de tous les attributs de la souveraineté, érigé sur le socle de la loi, décentralisé pour mieux servir les citoyens et citoyennes, partout où ils se trouvent, en vertu du principe de la subsidiarité. Il s’agit là de la vision de construction collective d’une ALTERNATIVE GLOBALE devant résulter d’une double approche : régionale pour un meilleur ancrage sur le terrain dans la   perspective des élections [mobilisation et choix de candidat(e)s], nationale  pour une meilleure cohésion et discipline organisationnelle dans la perspective de la gestion postélectorale du pouvoir d’État.

Décision 

  1. L’OPL, suivant l’orientation du IIIème Congrès National, a décidé de contribuer à l’émergence d’une force stratégique unitaire porteuse d’une ALTERNATIVE viable au pouvoir d’État traditionnel. À l’occasion des élections générales prochaines, elle opte pour la constitution d’une plateforme présentant des candidat(e)s autour d’un projet commun, sur la base de mécanismes et de critères de choix prédéfinis.
  2. Elle encourage ses représentations régionales et parlementaires à analyser l’échiquier politique local et évaluer les forces politiques et sociales dans l’optique d’une alliance permettant de contrer les velléités du pouvoir central de rafler tous les postes, de le vaincre, d’annihiler son projet antidémocratique de réformer la Constitution pour installer à perpétuité un régime  présidentialiste autoritaire, autocratique et messianique.

Mise en œuvre et perspective 

  1. À l’occasion des élections sénatoriales partielles de 2009,  des contacts ont été pris,  des alliances ont été matérialisées ou formalisées, des formes de soutien ont été expérimentées. Les acteurs de ces prémisses sont au niveau national, FUSION et PPRH de l’ALYANS; au niveau régional, CROSE dans le Sud-est, TÈT KOLE dans le Nord-Ouest ainsi que MOLHA, AAA pendant la période de contestation des résultats et KOREDEPLA dans l’Artibonite. Dans les Nippes, l’OPL a appuyé le candidat de KONBA / KORENIP.  Tous ces contacts et expériences devront être portés à l’actif du processus de construction de l’ALTERNATIVE. 
  2. D’autres organisations de type populaire (RAMICOS), paysan (ATAG), de femmes (FANM DESIDE), de citoyens (CITOYENS CONCERNÉS DE PETION-VILLE), des leaders du secteur syndical sont déjà inscrits dans le processus de construction de cette ALTERNATIVE avec l’OPL et pour la mise en œuvre d’une large plateforme  politique porteuse de changement.

10.  Il importe pour une bonne gestion du temps et dans la perspective des élections prochaines de  formaliser le noyau initial autour duquel s’édifiera la construction de l’ALTERNATIVE. Les éléments à définir pour la mise en œuvre de la  plateforme sont :

  • Projet social et grandes lignes du programme de gouvernement
  • Contours idéologiques de la Plateforme
  • Mécanismes et organes de direction de la Plateforme
  • Critères de choix des candidat(e)s
  • Code de comportement et de morale politique
  • Règles de partage des espaces de pouvoir en cas de victoire aux législatives

11.  Le projet de société de la Plateforme doit plonger ses racines dans les nécessités et revendications du peuple haïtien tout en essayant de s’adapter aux réalités du monde moderne. Il doit adresser de manière claire, sans équivoque le problème de cette société haïtienne pratiquement sans classe moyenne, polarisée, divisée en deux : d’un côté, un petit groupe de nantis et de l’autre une grande majorité de démunis. Aucune société ne saurait  fonctionner harmonieusement sans un minimum de cohésion sociale qui est le ciment de sa stabilité et de son développement démocratique. Il importe donc que la  priorité soit accordée à la réalisation de politiques sociales intenses et  susceptibles d’assurer des filets de sécurité, en matière d’alimentation, d’éducation, de santé et d’assainissement, aux populations démunies. Il convient  de rechercher avant tout les moyens d’enrayer l’approfondissement de l’exclusion et des inégalités sociales et ensuite de promouvoir hardiment une politique d’intégration  et de développement humain des couches les plus démunies de la population.  Pour ce faire, l’instrument le plus approprié est la formation. Il convient d’ériger l’éducation en pilier sur lequel doivent se greffer les options de croissance et de développement du pays. Dans un monde globalisé où le savoir s’est révélé plus important que le capital physique et s’est constitué en pierre angulaire de toute dynamique de développement soutenu, tout le pays court le risque d’être marginalisé du village global, si des mesures vigoureuses ne sont pas prises pour intégrer la population au savoir et pour développer des compétences susceptibles de s’adapter aux nouvelles donnes de la plus grande révolution technologique que l’Humanité ait connue. 

Les grandes lignes du programme de gouvernement de la Plateforme devront s’articuler autour des axes suivants: la refondation de l’État, la réforme du système éducatif et la formation des ressources humaines, la production nationale et l’emploi, la santé, la protection et la réhabilitation de l’environnement. Les politiques publiques définies et mises en œuvre dans le cadre de ce programme, les actions entreprises, les mesures législatives et règlementaires arrêtées doivent viser à renforcer les institutions de l’État et de la société, combattre la corruption, rétablir la confiance de la population dans les organes de l’État en particulier et dans la politique en général, gérer dans la transparence et la rationalité le budget de la Nation, réformer les entreprises publiques en les rentabilisant, rétablir l’autorité de la loi, la prééminence du droit pour que fonctionne la démocratie, relever la dignité et l’honneur du peuple haïtien à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, favoriser l’intégration régionale par l’aménagement rationnel du territoire et l’inclusion sociale.

12.  Le projet de société et les grandes lignes du programme de gouvernement définissent les contours idéologiques de la Plateforme. Les orientations du pouvoir politique que devra incarner le nouvel État projeté par la Plateforme seront fondées sur des valeurs de justice, d’égalité sociale dans le respect des droits et des libertés individuelles et collectives, de coopération,  de solidarité. L’État planifie et mène ses activités dans le cadre du marché en régulateur et  promoteur stratégique afin d’orienter la création des richesses vers la satisfaction des besoins et l’épanouissement des citoyens et garantir l’efficacité économique et la justice sociale.  

13.  Les contours idéologiques de la Plateforme dessinés, les grandes orientations permettant d’élaborer un programme commun précisées,  les éléments de base garantissant un accord sont ainsi  établis. Il importe d’envisager les mécanismes d’organisation et de direction de la Plateforme. L’approche régionale garantissant l’ancrage sur le terrain suggère un mécanisme souple, respectueux des structures des différentes composantes. Il peut être constitué en des coordinations départementales des forces (partis, organisations sociales, personnalités) intégrant la Plateforme dans les régions. De ces coordinations émergeront des conseils de direction de cinq membres qui dirigent, représentent et animent la Plateforme au niveau départemental. Les conseils de direction départementaux forment la grande coordination nationale qui, par ses délibérations, son action exécutive au niveau du terrain, assiste le directoire national  de  la Plateforme. Le directoire national est constitué des leaders des principaux partis et organisations d’envergure nationale ou leurs représentants mandatés. Un comité exécutif de cinq membres est désigné pour  gérer, animer et représenter la Plateforme. Des commissions seront mises en place graduellement à la diligence du comité exécutif national, approuvées par le directoire.

14.  La Plateforme est  constituée en tant qu’instrument de conquête et de gestion du pouvoir politique  en vue de la refondation de l’État  pour le mettre au service de la société. Elle participe aux compétitions électorales en présentant des candidat(e)s  pour  les postes. Elle entend œuvrer pour que ses élu(e)s à n’importe quel niveau que ce soit répondent des attentes placées en eux, travaillent au renforcement de l’État, au développement de la société, à l’amélioration des conditions de vie de la population, notamment des catégories sociales défavorisées comme les jeunes, les femmes et les paysans, et à la défense des droits de la personne. Pour cela, la Plateforme édicte des critères devant présider au choix des candidat(e)s. Ils sont de manière non limitative :

  • Concertation et désignation par la base
  • Éligibilité vérifiée selon les exigences de la Constitution et de la Loi électorale

                      (documents en bonne et due forme, valeur de la caution disponible, capacité de

                       financer partiellement la campagne démontrée)

  • Priorité aux élus en compétition pour leur réélection à condition de n’avoir pas été

 

                        transfuges, déloyaux envers leur parti;  de n’être  l’objet de poursuite judiciaire;  

                        de n’être pas contestés majoritairement par la base électorale  de la Plateforme

  • Priorité aux femmes candidates présentant un potentiel électoral avéré
  • Priorité aux membres actifs des organisations constitutives de la Plateforme dont le sentiment d’appartenance est éprouvé et par conséquent la loyauté future et la discipline seront garanties
  • Priorité aux personnalités intégrant la Plateforme dont le sérieux, l’engagement politique ou social ne peuvent être mis en doute, et leur acceptation par la base électorale  ne pose grandement problème
  • Validation par le directoire national

15.  La Plateforme est l’expression d’une volonté de moderniser la vie politique. Elle  exige des acteurs un comportement qui témoigne de leur appartenance à une dynamique nouvelle, un cadre de fonctionnement caractérisé par le respect des engagements contractés, la protection de l’image et la défense des intérêts du groupe en toute priorité, la valorisation de la politique et des personnes qui s’y consacrent. Les membres de la Plateforme en général et  ses représentants dans les organes de l’État en particulier sont astreints à un code de conduite qu’ils s’engagent préalablement à respecter. Les dispositions du code de comportement et de morale politique auxquelles les candidat(e)s et tous les membres de la Plateforme adhèrent, prescrivent, par exemple, de :

  • s’interdire toute forme de corruption et de trafic d’influence
  • respecter l’honorabilité de la fonction de représentant de l’État
  • payer régulièrement sa contribution aux caisses de la Plateforme  
  • agir dans  le souci du bien commun
  • se comporter toujours en représentant et serviteur de la Nation pratiquer le respect de l’autre, la tolérance et la transparence dans ses activités d’homme ou de femme publique

16.  La Plateforme est organisée et mise en ordre de combat pour conquérir les espaces de pouvoir. Les postes électifs sont investis par les candidats élus qui ouvrent la voie à la fonction publique et aux instances du gouvernement qui sont les lieux d’application des programmes et de la direction effective de l’État. Ces espaces de pouvoir au sein de l’Exécutif, en cas de victoire majoritaire aux législatives, seront occupés par les politiques et les cadres de la Plateforme. Il importe, pour prévenir toute mésaventure ou déconvenue, de veiller à établir préalablement les règles de partage du pouvoir afin de garantir la viabilité de la Plateforme, sa cohésion, sa consolidation et sa pérennité.

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